Face à une récolte record annoncée et à des stocks appelés à gonfler, la Tunisie s’apprête à engager des discussions avec l’Union européenne pour revoir à la hausse les quotas d’exportation d’huile d’olive exonérés de droits de douane. L’objectif est de consolider sa position sur son principal marché tout en accélérant la diversification de ses débouchés à l’international.
Les autorités tunisiennes s’apprêtent à ouvrir un nouveau chantier de négociation commerciale avec l’Union européenne. En ligne de mire : le relèvement du volume d’huile d’olive exporté en franchise de droits de douane vers le marché communautaire, actuellement plafonné à 56.700 tonnes dans le cadre de l’Accord d’association entré en vigueur en 1998.
Tunis ambitionne désormais de porter ce seuil à 100.000 tonnes, afin de mieux répondre aux capacités croissantes de la filière, dopées par une récolte exceptionnelle estimée à près de 500.000 tonnes pour la campagne 2025/2026.
L’Europe, pilier stratégique des exportations tunisiennes
Le marché européen reste de loin le principal débouché de l’huile d’olive tunisienne, absorbant près de 90% des volumes exportés. Cet accès préférentiel constitue un avantage concurrentiel majeur pour les producteurs tunisiens, notamment face à d’autres pays exportateurs soumis aux droits de douane classiques.
Au-delà du quota actuel, les ventes restent possibles, mais deviennent nettement moins compétitives en raison des taxes appliquées par l’Union européenne aux pays tiers, qui atteignent plus de 120 euros par 100 kilos, renchérissant sensiblement le coût d’entrée sur le marché.
Dans ce contexte, l’augmentation du quota apparaît comme un levier crucial pour préserver la rentabilité de la filière et sécuriser l’écoulement des volumes supplémentaires attendus.
Bien que l’oléiculture occupe environ un tiers des surfaces agricoles du pays, la consommation intérieure d’huile d’olive reste limitée. La Tunisie exporte près de 80% de sa production, ce qui rend la filière particulièrement dépendante des marchés extérieurs et de l’évolution des conditions commerciales internationales.
Cette forte orientation vers l’exportation explique la stratégie offensive adoptée ces derniers mois par les autorités pour diversifier les destinations et réduire la dépendance excessive à un seul espace économique.
L’Asie et l’Amérique dans le viseur
Parallèlement aux discussions avec Bruxelles, Tunis multiplie les initiatives diplomatiques et commerciales sur plusieurs fronts. Des négociations sont en cours avec l’Indonésie afin d’assouplir les conditions d’accès de l’huile d’olive tunisienne à ce marché, notamment sur les volets tarifaires et réglementaires.
D’autres marchés asiatiques à fort potentiel sont également ciblés, comme l’Inde, le Japon et la Corée du Sud, où la demande progresse sous l’effet de l’évolution des habitudes alimentaires. La Chine figure aussi parmi les priorités, comme en témoigne la récente mission officielle menée à Wuhan par une délégation du ministère du Commerce et du CEPEX pour promouvoir le produit tunisien.
Les États-Unis, un enjeu commercial sensible
Outre l’Asie, les autorités tunisiennes cherchent également à desserrer l’étau sur le marché américain, où un droit de douane de 25% est appliqué depuis plusieurs mois. Ce marché reste stratégique, puisqu’il absorbe une part importante des exportations tunisiennes d’huile d’olive conditionnée et représente près d’un tiers des exportations totales du secteur.
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