L’Observatoire des Services Financiers (OSF) a exprimé une vive inquiétude face à la hausse marquée des frais bancaires constatée en 2025, après la non-reconduction d’une circulaire de la Banque centrale de Tunisie.
L’organisation appelle les autorités monétaires à intervenir rapidement pour encadrer les pratiques tarifaires des établissements de crédit. En ligne de mire : l’impact direct sur le pouvoir d’achat des ménages et la trésorerie des PME.
Une circulaire abandonnée, des tarifs en forte hausse
Au cœur de la controverse figure la non-reconduction de la circulaire n°2024-3 du 29 janvier 2024, émise par la Banque centrale de Tunisie. Ce texte avait introduit un cadre de modération dans la fixation des commissions bancaires, dans un contexte marqué par une inflation persistante et une pression accrue sur les finances des particuliers comme des entreprises.
Selon l’OSF, la fin de cette régulation a ouvert la voie à des augmentations « massives » des frais en 2025. Dans certains cas, les tarifs auraient doublé, voire triplé. Sont concernés notamment les frais de tenue de compte, les commissions sur opérations, les coûts liés aux crédits et incidents de paiement ainsi que certains services bancaires digitaux auparavant proposés à des tarifs jugés accessibles.
Des obligations d’information pointées du doigt
Au-delà de la hausse des tarifs, l’Observatoire des Services Financiers dénonce également des manquements aux obligations légales d’information des clients.
La réglementation impose notamment d’informer les clients, par écrit, de toute modification tarifaire au moins dix jours avant son entrée en vigueur. Elle prévoit également l’envoi, au plus tard le 31 janvier de chaque année, d’un récapitulatif détaillé des commissions et frais prélevés au cours de l’année écoulée.
D’autres dispositions concernent l’information sur les impacts d’une variation de taux d’intérêt variable de 100 points de base ou plus, l’envoi mensuel de relevés détaillés pour les comptes de dépôt et courants, ainsi que le respect des délais de traitement des demandes de financement et de délivrance des mainlevées après remboursement total d’un crédit.
Pour l’OSF, ces manquements alimentent une crise de confiance déjà latente entre banques et clients.
Un « choc supplémentaire » pour ménages et PME
L’Observatoire estime que cette dérive tarifaire constitue un choc supplémentaire pour les particuliers et les petites et moyennes entreprises, déjà fragilisés par la conjoncture économique.
La hausse des frais bancaires accroît le coût global du financement, freine l’investissement et renforce le sentiment d’injustice dans la relation banque-client. L’organisation rappelle que la stabilité du système financier ne peut être dissociée de la protection effective du consommateur financier, fondée sur la transparence, la prévisibilité et l’équité des conditions tarifaires.
Appel à un encadrement et à plus de transparence
Face à cette situation, l’OSF appelle la Banque centrale de Tunisie à réévaluer en urgence les effets de la non-reconduction de la circulaire et à envisager un mécanisme d’encadrement, voire de plafonnement, des frais bancaires.
L’organisation exhorte également l’Observatoire de l’Inclusion Financière, placé sous la tutelle de la BCT, à reprendre le calcul et la publication de l’Indice des Prix des Services Bancaires, interrompu depuis 2017.
Enfin, elle invite les établissements de crédit à faire preuve de responsabilité et de modération, tout en appelant les autorités publiques à engager une réforme structurelle pour instaurer un cadre durable de régulation des tarifications bancaires en Tunisie.