À Djerba, des résultats mesurables face aux stratégies projetées à l’horizon 2030
La transition énergétique tunisienne est le plus souvent présentée à travers des objectifs de long terme, des pourcentages attendus et des stratégies nationales. Les annonces récentes s’inscrivent dans cette logique. La Tunisie prépare ainsi 17 projets d’envergure dans le solaire et l’éolien, avec des chantiers dits « phares » annoncés notamment à Gafsa et Sidi Bouzid, dans l’objectif d’atteindre 35 % de production électrique à partir de sources renouvelables d’ici 2030.
Ces projets dessinent une trajectoire stratégique claire. Leur mise en œuvre reste toutefois inscrite dans des calendriers étendus, dépendants de montages financiers complexes et de contraintes d’exécution encore en cours de résolution.
À Djerba, l’éclairage public offre un contrepoint plus immédiat.
Dans les communes de Midoun, Ajim et Houmet Souk, plus de 3 400 luminaires LED ont été installés dans le cadre d’un projet porté par l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie, avec l’appui du Programme des Nations unies pour le développement et du Programme des Nations unies pour l’environnement.
Le taux d’éclairage LED est ainsi passé de 20 % à près de 50 % à l’échelle communale. À Ajim, la couverture est désormais complète.
L’éclairage public, un levier opérationnel de la transition énergétique
Contrairement aux grandes infrastructures énergétiques, souvent ralenties par des contraintes réglementaires, financières ou institutionnelles, l’éclairage public agit dans un temps court. Il permet des effets immédiats sur la consommation électrique, les coûts de maintenance et la qualité du service rendu.
À Djerba, la transition ne s’est pas traduite par une annonce, mais par une transformation concrète du paysage urbain nocturne : équipements plus performants, réduction de la consommation et amélioration de la durabilité des installations.
Le projet a également eu un impact structurant sur le marché de l’éclairage. Selon le PNUD Tunisie, il a contribué à l’instauration de normes minimales de performance énergétique, au renforcement des mécanismes de contrôle et au développement de laboratoires d’essai. Ces éléments participent à l’amélioration de la qualité des produits mis sur le marché et à une meilleure protection des collectivités locales.
700 000 points lumineux à convertir : l’enjeu du passage à l’échelle nationale
L’exemple de Djerba met en lumière la principale limite actuelle de la transition énergétique tunisienne : la difficulté à généraliser les expériences réussies.
À l’échelle nationale, près de 700 000 points lumineux d’éclairage public restent à convertir en solutions LED performantes. Le potentiel d’économies est important, mais les obstacles demeurent : capacités d’investissement limitées des communes, dépendance aux financements extérieurs, gouvernance fragmentée et priorités budgétaires concurrentes.
La transition énergétique progresse ainsi par projets ciblés plutôt que par déploiement systémique.
À Djerba, l’éclairage public montre toutefois que la transition peut produire des résultats concrets lorsqu’elle est territorialisée, techniquement encadrée et financée de manière ciblée. La question n’est plus celle de la faisabilité, mais celle de la capacité à changer d’échelle.
Lire aussi: