Il y a ce que dit le classement, et il y a ce qu’il ne dit pas.
Selon une dépêche de Tunis Afrique Presse (TAP), l’Université de Sfax arrive en tête des institutions tunisiennes dans l’édition 2026 de l’AD Scientific Index, devant l’Université de Monastir et l’Université de Tunis El Manar. Elle pointe au 23e rang africain et au 1 313e rang mondial.
Une performance relayée avec satisfaction, qui témoigne d’une activité scientifique réelle. Mais avant de s’en féliciter pleinement, il vaut la peine de comprendre ce qu’on mesure réellement.
Un index bibliométrique, pas un classement universitaire
L’AD Scientific Index repose sur trois indicateurs : nombre de publications, citations scientifiques et indice H (H-index), calculés à partir des profils Google Scholar des chercheurs affiliés à chaque établissement.
Le critère de classement mis en avant sur la plateforme est le Total H-Index — et non nécessairement la production sur les cinq dernières années, comme peut le suggérer la lecture de la dépêche. Une distinction importante : selon l’indicateur retenu, les rangs peuvent varier sensiblement.
Ce que cet index ne mesure pas est tout aussi déterminant : ni la qualité de l’enseignement, ni l’insertion professionnelle des diplômés, ni les infrastructures, ni la réputation académique internationale. Il s’agit d’un outil de mesure de la productivité scientifique — utile, mais partiel.
Une même université, des rangs différents
L’AD Scientific Index propose plusieurs grilles de lecture : performance globale, production sur cinq ans, citations cumulées, indices d’impact.
Une même université peut ainsi apparaître à des positions différentes selon le critère retenu.
Dans ce cadre, le rang mondial de 1 313e correspond à un classement global incluant différents types d’institutions — universités, centres de recherche, structures hospitalières — et non exclusivement les universités. Un élément qui influe directement sur l’interprétation.
Une progression réelle — et en partie construite
Les données disponibles montrent une évolution tangible. Au début des années 2020, l’Université de Sfax se situait autour du 30e rang africain et au-delà de la 1 600e place mondiale dans ce même index. En 2026, elle atteint le 23e rang africain et le 1 313e rang mondial.
Cette progression reflète à la fois une activité scientifique soutenue et une meilleure visibilité des productions de recherche.
Certaines universités, dont Sfax, ont par ailleurs mis en place des dispositifs internes visant à améliorer leur présence dans les bases de données scientifiques et la qualité de l’affiliation des publications. Des démarches qui peuvent contribuer à optimiser leur positionnement dans ce type de classement.
Quand un chercheur porte une université
Selon la dépêche de Tunis Afrique Presse, le professeur Moncef Nasri, affilié à l’Université de Sfax, arrive premier au niveau national et 13 990e mondial. Adel Trabelsi, de Tunis El Manar, le suit à la 17 574e place mondiale.
Ces données illustrent une caractéristique centrale de ce classement : la performance de certains chercheurs très productifs peut avoir un impact significatif sur la position globale d’une institution.
Un indicateur utile, mais non décisif
Contrairement aux classements internationaux comme le QS World University Rankings, Times Higher Education ou le Shanghai Ranking — qui intègrent des critères plus larges — l’AD Scientific Index reste centré sur la recherche.
La première place de l’Université de Sfax est donc bien réelle dans le périmètre de cet indicateur. Elle reflète une dynamique scientifique tangible, sans pour autant résumer l’ensemble des performances universitaires.
Au fond, ce classement ne trompe pas : il éclaire une dimension précise — et seulement celle-là.
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