Auditionné ce mercredi 8 avril 2026 au sein de la commission de la santé, de la femme, de la famille, des affaires sociales et des personnes handicapées à l’Assemblée des représentants du peuple, l’universitaire Abdessatar Mouelhi, professeur à l’Institut national des études sociales de l’Université de la Manouba, a défendu une vision ambitieuse de la réforme de la sécurité sociale.
Sous le thème « De la réparation à la reconstruction », il a estimé, dans une intervention faite aujourd’hui sur les ondes de Mosaique fm que les solutions partielles adoptées depuis des décennies ont atteint leurs limites et qu’il devient indispensable de rebâtir l’architecture du système sur de nouvelles bases. Cette réflexion s’inscrit dans un débat national plus large sur l’avenir de la protection sociale en Tunisie.
D’un système réparé à un système repensé
Selon Mouelhi, les approches correctives successives ont conduit à une impasse. Il considère que la réforme ne peut plus se limiter à des ajustements techniques ou financiers, mais doit relever d’une véritable ingénierie institutionnelle nouvelle, pensée de manière participative et centrée sur le citoyen.
L’universitaire propose ainsi de dépasser la logique fondée exclusivement sur les cotisations professionnelles. À ses yeux, le financement doit s’appuyer sur un mécanisme de solidarité élargi, combinant les cotisations classiques avec une contribution fiscale sociale solidaire appliquée à certains produits ou secteurs ciblés.
Une vision adossée à l’État social
Dans son exposé, Mouelhi s’est référé à l’article 43 de la Constitution tunisienne, qui garantit la couverture sociale dans les conditions fixées par la loi. Il a rappelé que le système tunisien repose sur trois piliers majeurs : les assurances sociales, les aides sociales destinées aux ménages à revenu limité, l’action sociale assurée par les caisses au profit des affiliés.
Pour lui, ces composantes doivent être réorganisées autour d’un référentiel clair : celui de l’État social, chargé de corriger les déséquilibres du marché à travers des droits sociaux inspirés des standards internationaux des droits humains.
Mouelhi a insisté sur le fait que cette refondation vise avant tout à préserver la dignité, la liberté et le développement humain. Il a averti que l’érosion de ces garanties favorise des phénomènes de rupture sociale et d’exclusion, citant notamment la montée de la migration irrégulière comme symptôme d’un affaiblissement du lien citoyen.