Les images de glissements de terrain à Sidi Bou Saïd ont circulé comme celles d’un énième épisode climatique extrême. Mais à Carthage, la lecture a été tout autre. En recevant, mercredi 28 janvier, la ministre des Affaires culturelles Amina Srarfi, le président de la République, Kaïs Saïed, a choisi de traiter l’événement non comme une simple défaillance des infrastructures, mais comme un signal d’alarme patrimonial.
Car le chef de l’État n’a pas convoqué les ministères traditionnellement associés à la gestion des catastrophes naturelles. Son message s’est adressé à la Culture, et à travers elle, aux institutions chargées de la protection du patrimoine. Une manière de désigner ce qu’il considère comme la racine du problème : des choix d’aménagement qui ont ignoré la nature du site et fragilisé un équilibre ancien.
Quand le patrimoine devient une ligne de faille
Sidi Bou Saïd, ville iconique et haut lieu touristique, est aussi un site patrimonial soumis à des règles strictes. Selon Kaïs Saïed, nombre de constructions érigées ces dernières années ont rompu avec le caractère architectural et culturel du lieu, contribuant à amplifier les effets des intempéries. Les glissements de terrain apparaissent alors moins comme un accident que comme la conséquence visible d’un désordre accumulé.
Dans cette perspective, le rôle de l’Institut national du patrimoine et de l’Agence de mise en valeur du patrimoine est central. Ce sont ces institutions qui doivent, en amont, préserver les sites, encadrer le bâti et s’opposer aux dérogations. En appelant à renforcer leur action, le président réaffirme la primauté du patrimonial sur l’urbanistique dans des zones sensibles.
L’inscription de Sidi Bou Saïd sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco s’inscrit dans cette logique. Kaïs Saïed a insisté sur la nécessité d’accélérer les démarches, suggérant qu’un cadre international plus contraignant pourrait offrir une protection durable à un site soumis à de multiples pressions.
Entre urgence sociale et responsabilité institutionnelle
Cette lecture patrimoniale n’efface pas l’urgence humaine. Des instructions ont été données afin de trouver des solutions rapides pour les habitants affectés, dans le respect du cadre légal, en attendant l’élaboration d’un nouveau plan d’aménagement urbain conforme au style traditionnel de la région.
Mais le président a également élargi son propos. Les récents bouleversements climatiques ont révélé, dans plusieurs régions du pays, des vestiges archéologiques jusque-là inconnus. Une exposition soudaine qui, selon lui, n’aurait pas eu lieu si des permis de construire n’avaient pas été accordés sur des sites pourtant protégés. À cette vulnérabilité s’ajoute la menace persistante des réseaux de contrebande, toujours à l’affût.
À travers Sidi Bou Saïd, c’est donc une question plus large qui est posée : celle de la capacité de l’État à arbitrer entre développement, attractivité et sauvegarde d’un patrimoine commun. Une question que la pluie n’a fait que rendre visible.
Lire aussi: