Les pluies diluviennes qui se sont abattues sur la Tunisie depuis le début de la semaine ont laissé derrière elles un lourd bilan humain et des scènes de désolation dans plusieurs régions du pays. Cinq personnes ont perdu la vie, des centaines de citoyens ont été pris au piège des eaux et les services de secours ont été engagés dans une course contre la montre. Jeudi, la Protection civile a dressé un premier état des lieux d’une situation qualifiée d’exceptionnelle par son ampleur et sa soudaineté.
Cinq morts à Monastir et Nabeul
Quatre des victimes ont été recensées à Moknine, dans le gouvernorat de Monastir, tandis qu’un cinquième décès a été enregistré dans le gouvernorat de Nabeul. Ces pertes humaines sont survenues au plus fort d’un épisode pluvieux d’une rare intensité, marqué par des crues soudaines, l’envahissement de quartiers entiers et l’effondrement de la capacité d’absorption des sols et des réseaux de drainage.
Depuis lundi et jusqu’à l’aube de jeudi, les unités de la Protection civile ont multiplié les interventions dans des conditions souvent difficiles. Le bilan opérationnel illustre l’ampleur de la catastrophe : 303 personnes secourues alors qu’elles se trouvaient en danger imminent, 137 habitants évacués en urgence de zones devenues inhabitables et 433 autres assistés pour traverser des secteurs totalement submergés.
Routes coupées, voitures piégées, maisons envahies par les eaux
Sur le terrain, les images sont celles d’un pays paralysé par la montée brutale des eaux. Pas moins de 282 véhicules ont été bloqués ou emportés par les flots, nécessitant l’intervention des équipes de secours pour éviter des drames supplémentaires.
Dans les quartiers touchés, 941 opérations de pompage ont été menées afin de limiter les dégâts, sauver des biens et permettre à des familles sinistrées de regagner, parfois provisoirement, leurs logements. Lors d’une conférence de presse tenue au siège de l’École nationale de la protection civile à Jebel Jelloud, les responsables ont évoqué une mobilisation continue, jour et nuit, et une coordination renforcée entre les différents intervenants sur le terrain.
1969, 2003, 2020… un passé qui ressurgit
L’épisode pluvieux de janvier 2026 réveille des souvenirs douloureux dans un pays déjà marqué par des inondations meurtrières. La référence la plus tragique reste l’automne 1969, lorsque des pluies exceptionnelles avaient provoqué la mort de plus de 500 personnes à travers la Tunisie, dans ce qui demeure la pire catastrophe naturelle de son histoire contemporaine.
Depuis, d’autres épisodes graves se sont succédé, notamment en 2003, 2018 et 2020, causant des pertes humaines plus limitées mais révélant une vulnérabilité structurelle persistante. Sans atteindre l’ampleur de 1969, les intempéries actuelles rappellent que face à des précipitations de plus en plus intenses, l’urbanisation non maîtrisée et des infrastructures insuffisantes continuent de transformer la pluie en drame.
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