Le stock des barrages tunisiens a atteint environ 60% de leur capacité totale, soit près de 1,35 milliard de mètres cubes, selon l’expert en développement et gestion des ressources hydriques Houcine Rhili. Si cette amélioration marque un net rebond par rapport à la situation critique de 2024, le spécialiste alerte sur l’absence d’une vision prospective adaptée aux mutations climatiques, notamment face aux pertes croissantes liées à l’évaporation.
Un rebond réel, mais encore loin du plein
Dans sa lecture de la situation sur les ondes de Mosaique fm, Houcine Rhili a tenu à corriger certaines formulations évoquant un « remplissage total » des barrages, qu’il juge inexactes. Le taux global se situe autour de 60% au début d’avril, avec l’espoir d’atteindre 65% si les perturbations météorologiques se poursuivent, soit le niveau observé en 2019.
Plusieurs ouvrages ont toutefois déjà atteint leur capacité maximale comme ceux de Sidi El Barrak, Beni Mtir ou Barbara. D’autres barrages stratégiques, à l’image de Sidi Salem, affichent des taux proches de 50%, ce qui représente une progression notable comparée aux 17% enregistrés en novembre 2024.
Des pluies mieux orientées, mais encore mal valorisées
L’expert souligne que les apports hydriques ont progressé de plus de 500 millions de m³ par rapport à l’année dernière, un signal positif pour la sécurité hydrique du pays.
Mais cette amélioration reste, selon lui, insuffisamment exploitée. Il pointe notamment l’absence d’une stratégie d’anticipation intégrant le changement climatique et la nouvelle cartographie des pluies.
Exemple cité : les fortes précipitations enregistrées sur le littoral en janvier ont, pour une large part, fini directement en mer faute de dispositifs de mobilisation et de stockage adaptés.
Cette observation relance le débat sur les interconnexions entre barrages, les stations de transfert, la recharge artificielle des nappes, les petits ouvrages collinaires en zones côtières
Le vrai danger : l’évaporation et le pic estival
Le principal signal d’alerte concerne désormais les pertes par évaporation, devenues structurelles avec l’allongement de la saison chaude. Selon Houcine Rhili, la Tunisie entre progressivement dans une phase où les apports diminuent et la consommation augmente.
Le chiffre le plus marquant reste celui des pertes quotidiennes : près de 700.000 m³ s’évaporent chaque jour depuis quatre ans, un volume considérable qui réduit une partie des gains accumulés durant la saison des pluies.