La Tunisie franchit une nouvelle étape dans la lutte contre le stress hydrique. Le Conseil des administrateurs du Banque mondiale a approuvé un financement de 332,5 millions de dollars, soit près de 971 millions de dinars, destiné à deux projets structurants pour l’eau potable et l’irrigation.
Cette enveloppe constitue la première phase d’un programme global de 700 millions de dollars sur dix ans, pensé pour renforcer durablement la résilience du pays face à la raréfaction de la ressource et aux effets du changement climatique.
Irrigation : quatre gouvernorats ciblés pour relancer la productivité agricole
Le premier volet, doté de 124 millions de dollars, est consacré à la résilience et à la valorisation de l’eau d’irrigation. Il vise la réhabilitation d’infrastructures stratégiques dans les gouvernorats de Jendouba, Béja, Bizerte et Siliana, avec pour objectif d’améliorer les performances des réseaux publics irrigués et d’augmenter les rendements agricoles.
Le projet prévoit également le renforcement des capacités de gestion des structures régionales agricoles et des groupements d’usagers de l’eau, ainsi qu’un accompagnement des agriculteurs vers des technologies climato-intelligentes et des filières à plus forte valeur ajoutée.
Au total, près de 13.000 agriculteurs devraient bénéficier directement ou indirectement de ce programme, tandis que le chantier devrait générer 3400 emplois permanents et environ 7000 postes temporaires, notamment dans la construction.
Eau potable : Zarat, compteurs intelligents et réseaux modernisés
Le second projet, plus important avec 208,5 millions de dollars, cible la sécurisation de l’approvisionnement en eau potable et le renforcement des performances de la SONEDE.
Au cœur du dispositif figure l’extension de l’usine de dessalement de Zarat à Gabès, dont la capacité passera de 50.000 à 100.000 m³ par jour. Cette montée en puissance doit garantir une desserte plus fiable pour les populations de Gabès, Médenine et Tataouine.
Le projet comprend aussi le déploiement de 100.000 compteurs intelligents, la réhabilitation des réseaux à Sfax, Tozeur et Kébili, ainsi qu’une modernisation organisationnelle de la société nationale afin de réduire les pertes d’eau et améliorer la qualité du service.
Selon les estimations, 2,3 millions de personnes profiteront d’une distribution plus stable et durable, dont 224.000 habitants bénéficiant d’une alimentation continue et 440.000 autres d’une meilleure qualité d’eau. Ce chantier devrait également créer 600 emplois permanents et près de 6000 emplois temporaires.
Un programme sur dix ans avec l’assainissement comme prochaine étape
Pensé sous forme de programme multi-phases, ce partenariat entre la Tunisie et la Banque mondiale repose sur une stratégie progressive : diversification des ressources, modernisation des opérateurs et généralisation des solutions éprouvées.
Après cette première étape centrée sur l’eau potable et l’agriculture irriguée, la prochaine phase devrait placer l’ONAS au premier plan, avec un accent particulier sur l’assainissement, le traitement et la réutilisation des eaux usées.
Pour Alexandre Arrobbio, responsable des opérations de la Banque mondiale en Tunisie, cet engagement traduit la volonté du Groupe – y compris Société financière internationale et Agence multilatérale de garantie des investissements – d’accompagner le secteur de l’eau tunisien sur le long terme, dans une logique de sécurité hydrique globale et durable.