En Libye, voix s’élèvent sur les réseaux sociaux alertant contre ce qu’ils qualifient de « fuite commerciale » vers la Tunisie. Selon eux, les produits subventionnés par l’État libyen — carburant, denrées alimentaires, vêtements, appareils électriques et matériaux de construction — sont massivement achetés par des Tunisiens et transportés à travers la frontière, privant les Libyens de l’accès à ces biens à prix réduits et accentuant la pression sur le dinar libyen.
Ces voix réclament des mesures pour « protéger le consommateur libyen » et limiter les achats transfrontaliers, afin que les subventions bénéficient en priorité à la population locale et non au marché parallèle.
Un problème complexe
Si ce constat traduit une préoccupation réelle, l’analyse économique montre que le problème est plus nuancé. Les échanges entre la Tunisie et la Libye sont à la fois formels et informels. Le commerce légal entre les deux pays représente plusieurs centaines de millions de dollars chaque année, avec des exportations tunisiennes majoritairement concentrées sur l’alimentation, les produits manufacturés et les biens de consommation.
Selon les statistiques douanières tunisiennes, les exportations vers la Libye ont atteint près de 1,2 milliard de dollars en 2025, un chiffre en hausse de 8 % par rapport à 2024.
En parallèle, le commerce informel ou de contrebande reste difficile à chiffrer mais est reconnu comme significatif. Il contribue à des tensions économiques côté libyen, notamment par la raréfaction de certains produits subventionnés et la dépréciation du dinar libyen dans certaines régions frontalières. Toutefois, il alimente également l’économie tunisienne et répond à une demande réelle des consommateurs tunisiens pour des produits à moindre coût.
Défi pour les autorités libyennes
Le défi pour les autorités libyennes consiste donc à concilier deux objectifs : protéger le pouvoir d’achat local et réguler les flux transfrontaliers sans nuire aux échanges bilatéraux officiels. Pour la Tunisie, le maintien d’un commerce légal structuré avec la Libye reste crucial, tant pour les entreprises exportatrices que pour l’économie régionale.
En résumé, la « fuite commerciale » dénoncée par ces voix en Libye met en lumière un déséquilibre entre besoins locaux et opportunités transfrontalières. La solution passerait probablement par une coopération bilatérale renforcée, combinant contrôle douanier, régulation des subventions et soutien au commerce officiel.
Lire aussi : Tunisie : Le boom des exportations de fruits en 2025