L’absence de l’arbitrage tunisien à la Coupe du monde 2026 n’a rien d’une surprise. Elle ressemble plutôt à l’aboutissement logique d’un décrochage progressif, longtemps masqué par le prestige historique du sifflet tunisien. Pendant que d’autres nations africaines – Maroc, Algérie, Égypte, Mauritanie, Libye – ont réussi à placer des officiels sur la liste FIFA, la Tunisie reste hors du radar mondial.
Le vrai sujet n’est donc pas la non-sélection en elle-même. La vraie question est : comment un pays qui a longtemps compté dans la hiérarchie arbitrale africaine a-t-il perdu autant de terrain ?
Le déficit de visibilité au très haut niveau
La FIFA ne choisit pas uniquement sur la réputation d’un pays. Elle sélectionne des profils qui enchaînent les grands rendez-vous : Ligue des champions CAF, CAN, Coupe du monde des clubs, compétitions olympiques, tournois FIFA jeunes, missions VAR sur des matchs à forte pression.
Or, ces dernières années, les arbitres tunisiens ont souffert d’un manque de présence continue sur les affiches majeures. La liste internationale 2026 de la Tunisie existe bien, avec plusieurs arbitres centraux et assistants reconnus au niveau CAF.
Mais être sur une liste FIFA ne suffit plus : il faut accumuler les désignations premium, celles qui forgent la confiance des commissions de nomination.
Le championnat tunisien ne fabrique plus assez d’élite
L’autre problème est domestique. Le championnat tunisien, miné par les polémiques récurrentes, la pression des clubs et la contestation permanente, produit souvent des arbitres sur la défensive plutôt que des leaders de terrain.
Un grand arbitre mondial se construit dans un environnement où il peut prendre des décisions fortes, gérer la pression médiatique, appliquer la VAR avec cohérence, diriger des matchs à haute intensité sans que chaque erreur devienne une crise institutionnelle.
En Tunisie, le climat général pousse davantage à la gestion du risque qu’à l’excellence du leadership. Résultat : des profils compétents, mais moins affirmés que leurs concurrents africains.
Le retard VAR et la question de la formation continue
Le Mondial 2026 est aussi celui de la sophistication technologique : VAR, AVAR, communication temps réel, gestion algorithmique du hors-jeu semi-automatisé.
Sur ce terrain, la Tunisie semble payer un retard dans la spécialisation de ses arbitres vidéo et dans l’intégration des standards FIFA les plus récents. Ce n’est plus seulement le “bon coup de sifflet” qui compte, mais la maîtrise d’un écosystème technique complet.
Les pays aujourd’hui représentés ont massivement investi dans la formation linguistique, la simulation vidéo, les stages FIFA/CAF, le suivi physique individualisé, la standardisation des décisions VAR. C’est là que se joue désormais la différence.
Une question de gouvernance avant tout
Au fond, cette absence raconte surtout les limites de la gouvernance du football tunisien. L’arbitrage n’évolue jamais en vase clos : il reflète la santé de sa fédération, la qualité de ses compétitions et la stabilité de ses structures.
Quand un pays traverse des turbulences institutionnelles, des polémiques internes et une faible projection internationale, ses arbitres finissent fatalement par perdre du poids dans les grandes nominations.
Le plus inquiétant n’est pas de manquer le Mondial 2026. Le plus inquiétant, c’est que cette absence commence à ressembler à une normalité. Et lorsqu’une absence devient une habitude, elle cesse d’être un accident : elle devient le miroir d’un système à reconstruire.