À L’Aouina l’asphyxie urbaine n’est plus une métaphore. Elle est devenue une réalité quotidienne pour des dizaines de milliers d’habitants, pris au piège d’une densité urbaine démesurée, d’un béton omniprésent et d’infrastructures incapables d’absorber la pression humaine et automobile.
Immeubles après immeubles, les chantiers se multiplient, grignotant les rares espaces encore respirables. Les espaces verts, déjà quasi inexistants, cèdent la place à de nouvelles résidences, souvent haut standing, sans que la question de l’équilibre urbain ne semble réellement prise en compte. Parcs de quartier, jardins publics, zones de respiration : tout cela relève désormais du luxe dans une zone pourtant parmi les plus dynamiques du Grand Tunis.
Cette situation n’est pourtant ni nouvelle ni imprévisible. Il y a quelques mois déjà, Webdo alertait sur cette urbanisation effrénée, dénonçant une politique de délivrance de permis de bâtir qui favorise les promoteurs immobiliers, au détriment de la qualité de vie des habitants. Depuis, rien ou presque n’a changé. Les autorisations continuent d’être accordées, comme si le territoire pouvait s’étendre indéfiniment, sans limites ni contraintes.
Qui planifie réellement le développement de ces zones ?
Les dernières pluies n’ont fait que révéler, de manière brutale, les failles d’un modèle urbain à bout de souffle. Routes transformées en bassins de rétention improvisés, embouteillages monstres, trottoirs impraticables, chaussées dégradées : l’état des infrastructures routières, déjà fragile, s’est retrouvé mis à nu. L’écoulement des eaux pluviales, mal pensé ou inexistant, a aggravé la situation, exposant des réseaux sous-dimensionnés et un entretien défaillant.
À L’Aouina et dans les quartiers limitrophes, chaque épisode pluvieux devient ainsi une épreuve. Une épreuve pour les automobilistes, pour les riverains, pour les commerces, mais aussi pour une crédibilité institutionnelle de plus en plus questionnée. Comment continuer à densifier sans revoir en profondeur les réseaux, les voiries, les transports et les espaces publics ?
Derrière cette urbanisation anarchique se pose une question centrale : celle de la gouvernance urbaine. Qui planifie réellement le développement de ces zones ? Qui évalue leur capacité d’accueil ? Et surtout, qui protège l’intérêt général face à la logique du béton rentable ?
L’Aouina n’est pas un cas isolé, mais elle est devenue un symbole. Celui d’un urbanisme sans vision à long terme, où l’urgence économique semble primer sur la durabilité, l’environnement et la dignité du cadre de vie. À défaut d’un sursaut, cet enfer urbain risque de s’étendre, transformant progressivement tout un pan du Grand Tunis en un espace invivable, minéral et vulnérable au moindre aléa climatique.
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