La Cour suprême américaine a infligé un revers majeur à Donald Trump en invalidant une grande partie de ses droits de douane mondiaux. Mais quelques heures plus tard, le président américain annonçait déjà une nouvelle taxe universelle de 10 %.
La décision judiciaire n’a donc pas stoppé la stratégie — elle l’a transformée.
La fin des tarifs d’urgence… pas du protectionnisme
Par six voix contre trois, la plus haute juridiction des États-Unis a jugé illégale l’utilisation par Donald Trump de la loi d’urgence économique de 1977 (IEEPA) pour imposer des droits de douane généralisés.
Selon les juges, le président ne peut pas invoquer une urgence nationale pour taxer l’ensemble du commerce mondial : ce pouvoir appartient au Congrès en temps de paix.
Le jugement annule ainsi l’outil principal de la politique commerciale trumpienne : des tarifs élevés, parfois supérieurs à 25 %, visant aussi bien adversaires que partenaires commerciaux.
Pour les économistes, la portée est historique.
Le président américain perd la capacité d’agir seul, rapidement et globalement sur le commerce international.
Mais la victoire institutionnelle aura été de courte durée.
Quelques heures après la décision, Donald Trump annonce qu’il contourne l’arrêt en utilisant une autre base juridique : le Trade Expansion Act.
Résultat : une taxe mondiale uniforme de 10 % applicable immédiatement.
Cette taxe universelle ne remplace toutefois pas entièrement les droits de douane existants : elle s’y ajoute pour de nombreux produits déjà soumis à des tarifs sectoriels, notamment dans l’acier, l’aluminium ou certaines industries manufacturières.
La logique change, pas l’objectif.
D’une arme ciblée à une doctrine globale
Avant le jugement, la politique commerciale américaine reposait sur la pression : punir certains pays pour obtenir concessions politiques ou économiques.
Désormais, la méthode devient structurelle : taxer tout le monde en permanence.
Autrement dit, la Cour suprême a réduit la brutalité du mécanisme mais a contribué involontairement à sa généralisation.
Pour les partenaires commerciaux, la différence est majeure.
Les sanctions sélectives deviennent une barrière universelle.
Pour les États-Unis, le commerce extérieur cesse d’être un outil ponctuel de négociation pour devenir une doctrine économique stable : protéger le marché intérieur, quoi qu’il arrive.
Les analystes parlent désormais d’un basculement : le libre-échange n’est plus l’horizon du système international mais une exception conditionnelle.
Tunisie : échapper à la sanction, entrer dans la taxe
La décision de la Cour suprême modifie la nature de la politique commerciale américaine sans la faire disparaître. Les pays auparavant exposés à des sanctions ciblées et potentiellement très élevées échappent désormais à ces pénalités, mais entrent en contrepartie dans un système de taxation généralisée.
La Tunisie illustre ce basculement : elle évite les droits de douane élevés qui pouvaient atteindre près de 25 à 30 %, mais se voit désormais appliquer, comme tous les autres partenaires commerciaux, un tarif universel d’environ 10 %. Autrement dit, le risque d’une sanction lourde et brutale est remplacé par un coût plus modéré mais systématique.
La Cour suprême a ainsi limité le pouvoir présidentiel d’imposer des mesures exceptionnelles, sans pour autant mettre fin au protectionnisme : Donald Trump transforme la contrainte juridique en règle économique durable. La guerre commerciale américaine ne disparaît pas, elle change de forme et s’inscrit désormais dans un cadre plus stable — et probablement plus long.
Trump commits to a new 10% global tariff, and the people who will pay for it are American families and small businesses. It’s another tax hike disguised as tough talk. pic.twitter.com/xowGr1akdB
— American Bridge 21st Century (@American_Bridge) February 20, 2026
Lire aussi: