À Genève, les mots sont mesurés. On parle de « progrès », de « principes directeurs », d’un texte encore à écrire. Mais au même moment, la présence militaire s’épaissit dans le Golfe : déploiements américains, exercices iraniens et manœuvres navales conjointes avec la Russie en mer d’Oman. La négociation avance dans un cadre devenu tripartite.
La scène diplomatique suggère une désescalade prudente. Le terrain stratégique raconte autre chose : chacun se prépare déjà au moment où l’accord n’aboutirait pas.
Depuis deux décennies, le dossier nucléaire iranien suit une mécanique presque ritualisée. Chaque cycle s’ouvre sur un espoir modéré, se prolonge par des déclarations contradictoires, puis retrouve la même équation : Washington exige des limites durables sur l’enrichissement d’uranium, Téhéran réclame la levée préalable des sanctions. Les concessions existent, mais aucune ne peut être totale sans fragiliser l’équilibre interne de chacun.
Ainsi, la diplomatie ne vise pas immédiatement la résolution du conflit. Elle en organise la gestion.
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La négociation sous contrainte
Les « progrès » annoncés à Genève réduisent le risque immédiat d’escalade sans transformer la relation stratégique. Les États-Unis maintiennent une pression militaire visible dans la région, notamment autour du porte-avions USS Abraham Lincoln. L’Iran répond par la démonstration inverse : rendre toute frappe trop coûteuse pour être décidée facilement.
Chaque camp parle d’accord tout en conservant la capacité de l’échec.
Ce double mouvement constitue le cœur de la dissuasion moderne : négocier tout en restant prêt à ne plus négocier. La crédibilité diplomatique dépend désormais de la crédibilité militaire. Un compromis n’a de valeur que s’il apparaît préférable à une alternative jugée plausible.
Dans ce cadre, les discussions ne cherchent pas tant à conclure qu’à empêcher la décision brutale — celle qui ferait basculer la crise dans une autre phase.
L’ombre d’un conflit élargi
La présence russe transforme la nature même de la crise. En multipliant les bâtiments dans une zone déjà saturée par la flotte américaine, Moscou introduit un témoin stratégique dans un face-à-face qui n’est plus seulement américano-iranien. Toute action militaire potentielle cesse d’être régionale pour devenir immédiatement internationale.
Sans affronter directement Washington, la Russie rend une frappe contre l’Iran plus risquée politiquement et militairement. La crise cesse alors d’être strictement nucléaire : elle rejoint une rivalité plus large où chaque théâtre régional devient un levier indirect face à l’adversaire.
Dans ce contexte, les annonces de progrès ne signifient pas que l’accord approche. Elles indiquent plutôt que les deux capitales souhaitent continuer à discuter tout en préparant le moment où la discussion pourrait échouer. La stabilité repose sur un paradoxe : convaincre l’adversaire que l’on préfère l’accord, mais que l’on survivrait à son absence.
À Genève, la diplomatie cherche un compromis. En mer d’Oman, les armées préparent la suite.
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