La Tunisie a enregistré un taux de croissance de 2,5% en 2025, selon les données publiées par l’Institut national de la statistique. Un niveau conforme aux projections du Fonds monétaire international, mais jugé insuffisant par l’économiste Aram Belhadj. Dans une déclaration accordée à L’Economiste Maghrébin, il estime que cette performance maintient le pays en bas du classement régional et reste sans effet tangible pour une large partie des Tunisiens.
Une croissance en trompe-l’œil face aux voisins
Avec 2,5% en 2025, la Tunisie améliore certes son score par rapport aux 1,4% de 2024. Mais cette progression demeure trop faible pour enclencher une dynamique économique capable d’absorber le chômage ou de réduire significativement la pauvreté.
La comparaison régionale est peu flatteuse. Le Maroc affiche 4,4% en 2025 et viserait encore 4,2% en 2026. La Mauritanie atteint 4% et projette 4,3% l’an prochain. Même la Jordanie, avec 2,7%, dépasse légèrement la performance tunisienne et ambitionne 2,9% en 2026.
Ce différentiel place la Tunisie en position de lanterne rouge régionale, selon Aram Belhadj, qui pointe des choix économiques inadaptés, l’absence de réformes structurelles profondes et un climat d’investissement encore fragile.
Pourquoi 2,5% ne changent presque rien pour le citoyen
Derrière le chiffre macroéconomique, l’impact concret sur le quotidien des Tunisiens demeure limité.
Une croissance de 2,5 % est insuffisante pour créer massivement des emplois durables, notamment pour les jeunes diplômés ; améliorer sensiblement le pouvoir d’achat dans un contexte d’inflation persistante ; réduire la pression sur les finances publiques ; relancer significativement l’investissement privé.
Concrètement, cela signifie que le citoyen ne ressent que faiblement les effets de cette progression : le marché du travail reste tendu, les salaires évoluent peu face à la hausse des prix, et les services publics continuent de subir des contraintes budgétaires.
En l’absence d’une croissance supérieure à 4% ou 5%, seuil généralement considéré comme nécessaire pour enclencher une dynamique inclusive dans une économie émergente, les ménages ne perçoivent pas d’amélioration tangible de leurs conditions de vie.
Les leviers d’un sursaut structurel
Pour inverser la tendance, Aram Belhadj appelle à un changement de cap fondé sur plusieurs priorités : renforcer la stabilité gouvernementale et la qualité de la gouvernance ; simplifier les procédures administratives et combattre la bureaucratie ; lutter efficacement contre la corruption ; activer réellement le secteur privé à travers des pactes sectoriels concrets ; engager des réformes fiscales, restructurer le système de compensation et réorganiser les entreprises publiques ; assurer une cohérence entre politique budgétaire et politique monétaire. Sans ces transformations, la croissance risque de rester molle et peu inclusive.
Des perspectives 2026 encore plus préoccupantes
Les projections du FMI pour 2026 tablent sur un ralentissement à 2,1%, un niveau inférieur à celui de 2025. Si cette prévision se confirme, la Tunisie s’enfoncerait davantage dans une trajectoire de croissance faible, avec des marges budgétaires limitées et un impact social réduit.
Pour le citoyen tunisien, l’enjeu dépasse donc la simple statistique. Il s’agit de savoir si l’économie peut générer suffisamment d’activité pour créer des emplois, stabiliser les prix et améliorer les services publics.
Aram Belhadj estime que l’espoir reste possible, mais à condition d’engager rapidement des réformes structurelles profondes. Sans sursaut qualitatif et quantitatif, la croissance restera un indicateur abstrait, sans traduction concrète dans le quotidien des Tunisiens.