La production nationale d’électricité a progressé de 6% en 2025 pour atteindre 20.535 GWh, contre 19.442 GWh un an plus tôt, selon le rapport de conjoncture publié par l’Observatoire national de l’énergie et des mines. Une hausse portée notamment par le développement du photovoltaïque, même si la part des énergies renouvelables reste limitée à 6% du mix électrique.
L’augmentation enregistrée en 2025 inclut l’autoproduction renouvelable, dans un contexte de demande en légère progression. La production destinée au marché local a, pour sa part, évolué de 2%.
Malgré cette dynamique, le paysage électrique tunisien demeure largement dominé par la production conventionnelle. La Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) conserve 95% de la production nationale à fin novembre 2025, confirmant son rôle central dans l’approvisionnement du pays.
Les importations, principalement en provenance d’Algérie, ont par ailleurs couvert 11% des besoins du marché local, illustrant une dépendance énergétique toujours présente.
490 MW photovoltaïques installés en une année
Le fait marquant de l’année 2025 reste l’accélération des installations solaires. Environ 420 MW de toitures photovoltaïques ont été déployés dans le secteur résidentiel. À cela s’ajoutent 70 MW raccordés en moyenne et haute tension dans les secteurs industriel, tertiaire et agricole.
Cette montée en puissance traduit un intérêt croissant pour l’autoproduction et la maîtrise des coûts énergétiques, notamment dans un contexte de tension sur les prix et de recherche d’indépendance énergétique.
Cependant, malgré ces avancées, les énergies renouvelables ne représentent encore que 6% de la production nationale d’électricité. Un chiffre qui souligne l’écart entre la dynamique d’investissement et le poids réel des renouvelables dans le mix énergétique.
Une consommation tirée par l’industrie
Les ventes d’électricité ont progressé de 2% entre 2024 et 2025. La hausse est particulièrement marquée chez les clients haute tension (+15%), tandis que la moyenne tension reste quasi stable.
Les industriels demeurent les principaux consommateurs, représentant 57% de la demande des clients haute et moyenne tension. Certains secteurs affichent une progression notable, notamment l’industrie du papier et de l’édition (+8%), le pompage d’eau et les services sanitaires (+8%) ainsi que les industries extractives (+5%). À l’inverse, le pompage agricole (-3%) et le textile-habillement (-3%) enregistrent un recul.
Comment amplifier la transition énergétique ?
Pour transformer la progression actuelle en véritable bascule structurelle, plusieurs leviers apparaissent déterminants.
D’abord, accélérer le déploiement des grandes centrales solaires et éoliennes via des appels d’offres sécurisés et attractifs pour les investisseurs. Le photovoltaïque résidentiel progresse, mais les projets de grande capacité restent essentiels pour changer d’échelle.
Ensuite, moderniser le réseau électrique afin d’absorber une production intermittente plus importante. Le développement du stockage et des infrastructures intelligentes devient incontournable.
Le secteur industriel, qui concentre plus de la moitié de la demande HT et MT, constitue également un levier majeur. Encourager davantage l’autoproduction dans ce segment pourrait réduire la pression sur le réseau et améliorer la compétitivité des entreprises.
Par ailleurs, la réforme des mécanismes tarifaires et la poursuite des programmes d’efficacité énergétique — notamment dans le bâtiment et l’industrie — pourraient limiter la croissance de la demande tout en améliorant l’équilibre global du système.
Enfin, la mobilisation de financements internationaux et de partenariats public-privé demeure essentielle pour soutenir les investissements nécessaires.
Ce que signifient vraiment ces 6%
La dynamique solaire de 2025 marque un tournant encourageant. Mais pour que la transition énergétique modifie réellement l’équilibre du mix national, la progression devra passer d’une croissance graduelle à une accélération structurée et durable.
Car, malgré l’accélération des installations, l’électricité tunisienne dépend encore presque entièrement du gaz naturel. Autrement dit, la croissance du solaire ne remplace pas encore la production existante, elle vient surtout accompagner la hausse de la demande.
Tant que la production renouvelable reste inférieure à environ 15–20% du mix, son effet sur la facture énergétique nationale demeure limité. Cela explique pourquoi la Tunisie continue d’importer de l’électricité et reste sensible aux variations des prix du gaz.