La polémique autour de l’huile d’olive tunisienne continue de traverser les marchés européens. Après les interrogations exprimées en France par plusieurs organisations de producteurs, l’Italie revient à la charge, cette fois de manière plus directe. En cause : la pression exercée par les importations en provenance de Tunisie, accusées de tirer les prix vers le bas et de fragiliser les exploitations locales.
Dans des déclarations relayées par le Financial Times et Ilsole24ore.com, Coldiretti, principal syndicat agricole italien, affirme que l’afflux d’huile d’olive tunisienne à bas prix contraint désormais certaines entreprises italiennes à vendre à perte. Une situation jugée d’autant plus critique qu’elle intervient dans un contexte de coûts de production élevés et de marges déjà réduites.
3,50 € le kilo : le seuil de rupture pour les producteurs italiens
Selon Coldiretti, l’huile d’olive tunisienne arrive aujourd’hui sur le marché italien à environ 3,50 euros le kilo, un niveau qui rend la concurrence difficilement soutenable pour de nombreuses exploitations locales. Ce prix d’entrée, bien inférieur aux coûts de production italiens, est perçu comme un facteur de déséquilibre durable du marché.
L’organisation pointe également le rôle de certains acteurs de l’embouteillage, accusés d’utiliser massivement des huiles étrangères pour exercer une pression à la baisse sur les prix intérieurs. « Il sera très difficile de redresser les prix », avertit David Granieri, vice-président de Coldiretti, qui évoque une spirale défavorable aux producteurs nationaux.
500.000 tonnes importées, une dépendance devenue politique
Face à ces critiques, l’industrie italienne défend une lecture plus structurelle. Assitol rappelle que l’Italie demeure fortement dépendante des importations. En 2025, plus de 500.000 tonnes d’huile d’olive ont été importées, contre une production nationale estimée à environ 300.000 tonnes.
Pour Assitol, la baisse des prix ne peut être attribuée uniquement à l’huile tunisienne. Elle reflète aussi la reprise de la production méditerranéenne après deux années de sécheresse, qui avaient fortement réduit l’offre et tiré les prix vers le haut. Les importations, selon l’association, jouent ainsi un rôle d’amortisseur sur un marché historiquement déficitaire.
Au-delà du cas italien, le dossier se joue désormais à l’échelle européenne. La Tunisie souhaite doubler le quota d’huile d’olive exportable vers l’Union européenne, pour le porter à 100.000 tonnes exemptées de droits de douane. Cette proposition requiert l’approbation des États membres, déjà soumis à une pression croissante de leurs secteurs agricoles, notamment après l’accord commercial conclu avec le Mercosur.
Après la France, où les producteurs avaient exprimé leurs inquiétudes sur les normes et les contrôles appliqués aux huiles importées, l’Italie confirme que la question tunisienne est devenue un révélateur des tensions structurelles du marché oléicole européen, entre ouverture commerciale, dépendance aux importations et protection des filières nationales.
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