Sans annonce formelle ni déclaration politique assumée, l’entité sioniste poursuit en Cisjordanie une stratégie d’annexion progressive fondée sur l’administration, le droit interne et la gestion foncière. Les mesures récemment validées par le cabinet de sécurité israélien marquent un tournant : il ne s’agit plus seulement de contrôler un territoire occupé, mais d’en absorber durablement les fonctions politiques et municipales, tout en contournant les mécanismes de sanction internationale.
Au cœur de ces décisions figure l’élargissement des pouvoirs de l’administration israélienne dans des zones pourtant reconnues comme relevant de la juridiction palestinienne. La facilitation de la vente de terres palestiniennes à des colons, la reprise de compétences municipales et le renforcement du rôle de la Civil Administration dessinent une architecture cohérente : affaiblir l’Autorité palestinienne sans la dissoudre, et rendre irréversible la mainmise israélienne sur la Cisjordanie.
Une annexion fonctionnelle par la bureaucratie
Cette approche graduelle permet à Israël d’éviter le coût politique d’une annexion proclamée, tout en produisant des effets concrets et durables. En contrôlant l’urbanisme, les permis de construire, la gestion des terres et les décisions locales, l’entité sioniste exerce de facto les attributs de la souveraineté. La Cisjordanie est ainsi administrée comme un espace intégré, sans reconnaissance juridique internationale mais avec une efficacité administrative qui réduit chaque jour les marges de manœuvre palestiniennes.
C’est cette réalité que le président palestinien Mahmoud Abbas a dénoncée comme une annexion de facto, qualifiant ces décisions d’illégales et dangereuses. Pour Ramallah, l’enjeu dépasse la seule question foncière : il s’agit d’un démantèlement progressif de l’autonomie palestinienne, mené sans rupture apparente mais avec une constance méthodique.
Contrairement aux précédents d’Al Qods-Est ou du Golan syrien, la méthode actuelle repose sur l’accumulation de mesures techniques, présentées comme administratives. Isolées, elles paraissent secondaires ; combinées, elles rendent toute perspective de règlement politique matériellement impraticable.
Hébron, réactions arabes et impasse internationale
Parmi les décisions les plus sensibles figure le transfert de compétences de la municipalité palestinienne d’Hébron vers l’administration israélienne, dans une ville marquée par une tension permanente et par la centralité symbolique de la mosquée Ibrahimi. Ce choix est perçu comme un signal politique fort, annonciateur d’une extension possible de ce modèle à d’autres villes de Cisjordanie.
Face à cette escalade administrative, plusieurs pays arabes et musulmans — Arabie saoudite, Jordanie, Émirats arabes unis, Qatar, Égypte, Turquie, Indonésie et Pakistan — ont condamné des mesures assimilées à une imposition illégale de souveraineté. La Palestine a, dans ce contexte, sollicité une réunion d’urgence de la Ligue arabe, espérant transformer la condamnation politique en position collective plus structurée.
Sur le terrain, l’appel du Hamas à intensifier la confrontation en Cisjordanie reflète l’exaspération croissante face à l’impasse politique et à l’absence de perspective diplomatique crédible. En l’absence de réaction contraignante de la communauté internationale, l’annexion silencieuse risque de s’imposer comme un nouveau standard, normalisant une réalité imposée au peuple palestinien au mépris du droit international.
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