En l’espace de quelques jours, la Banque mondiale a multiplié les réunions avec plusieurs ministères tunisiens. Industrie et énergie, santé, économie et planification : la séquence est trop resserrée pour relever du simple agenda protocolaire. À chaque étape, le discours est resté le même, volontairement général, sans annonces chiffrées ni engagements financiers rendus publics. Plus qu’une série de projets, c’est un signal institutionnel que l’institution internationale semble avoir voulu adresser.
Cette présence répétée intervient alors que la Tunisie s’apprête à entrer dans un nouveau cycle de planification à moyen terme. Les échanges engagés ces derniers jours ressemblent moins à des lancements qu’à une phase d’alignement, destinée à baliser le terrain avant l’horizon 2026-2030. Énergie, santé, infrastructures : les secteurs évoqués dessinent un périmètre large et cohérent, encore volontairement ouvert, à l’image d’une coopération que l’on prépare avant de la chiffrer.
Une série de réunions au message inchangé
Vendredi, la délégation de la Banque mondiale conduite par son directeur régional pour le Maghreb et Malte a été reçue au ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie. Les dossiers abordés sont connus : amélioration des performances de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz, modernisation du réseau électrique national, avancement du projet d’interconnexion avec l’Italie via ELMED, et accélération des investissements dans les énergies renouvelables. Le communiqué officiel met en avant la qualité du partenariat et la poursuite de l’appui technique et financier, sans davantage de précisions.
Dans la continuité de cette séquence, la Banque mondiale s’est également rendue au ministère de la Santé. Là encore, le propos est resté stratégique. Trois axes ont été mis en avant : la préparation aux pandémies et aux urgences sanitaires, la réorganisation de la santé de base et le renforcement des hôpitaux et de la médecine d’urgence. Le responsable de la Banque mondiale a salué l’expérience tunisienne en matière de digitalisation hospitalière, qualifiée d’exemple, sans pour autant évoquer de nouveaux programmes dotés de budgets identifiés.
Enfin, une rencontre avec le ministère de l’Économie et de la Planification a permis d’évoquer la « feuille de route des prochains grands projets », en lien avec le futur plan de développement. Les priorités sectorielles sont rappelées, mais les contours restent délibérément larges. À chaque réunion, la même constante : aucun chiffre, aucune échéance financière précise, mais une insistance sur la méthode et la continuité du dialogue.
Préparer 2026-2030 sans précipiter les annonces
Cette retenue contraste avec les pratiques habituelles des bailleurs internationaux, souvent enclins à accompagner leurs déplacements d’annonces chiffrées. Elle semble ici assumée. En évitant toute communication financière détaillée, la Banque mondiale se place sur le temps long et laisse aux discussions techniques le soin de mûrir hors de l’espace médiatique.
La séquence observée ces derniers jours ressemble ainsi à une opération de calibration stratégique. Il s’agit moins d’ouvrir de nouveaux dossiers que de s’assurer que les priorités sectorielles tunisiennes et les orientations de la Banque mondiale avancent de concert, à l’approche d’un nouveau cycle de coopération.
Au-delà de la relation bilatérale, cette multiplication de réunions adresse un message plus large. En se rendant successivement auprès de plusieurs ministères, la Banque mondiale rappelle qu’elle demeure un acteur transversal, présent sur l’ensemble des secteurs structurants de l’action publique. Cette visibilité institutionnelle vaut aussi signal à destination des autres partenaires internationaux : l’institution entend rester un interlocuteur central, impliqué et durablement installé dans le paysage tunisien.
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