En marge du Forum économique mondial, Donald Trump a relancé une controverse majeure en affirmant avoir obtenu, via l’OTAN, un accord garantissant aux États-Unis un accès « total et permanent » au Groenland. Une déclaration aussitôt tempérée par l’Alliance atlantique et frontalement contestée par le Danemark, qui a rappelé que la souveraineté de ce territoire autonome n’était « pas négociable ».
L’annonce intervient après plusieurs semaines de tensions inédites entre Washington et ses alliés européens. En renonçant publiquement à toute prise de contrôle par la force et en mettant en sourdine ses menaces de droits de douane, le président américain a offert un court répit aux marchés et aux capitales européennes. Mais le mal semble plus profond.
Depuis Davos, Donald Trump assure que « les détails sont encore en discussion », tout en affirmant que l’essentiel est acquis : un accès sans limite de durée pour les États-Unis. « Il n’y a pas de date de fin, pas de restriction », a-t-il déclaré dans une interview télévisée, présentant cet arrangement comme une avancée stratégique décisive face aux ambitions russes et chinoises dans l’Arctique.
Copenhague adopte un ton radicalement différent. La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a insisté sur le fait qu’aucune négociation n’a eu lieu concernant la souveraineté du Groenland. Si le Danemark se dit prêt à discuter d’un renforcement de la sécurité régionale, il exclut toute remise en cause de son autorité sur l’île.
L’Arctique, nouveau front stratégique
Pour le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, l’enjeu est désormais militaire et opérationnel. L’Alliance doit accélérer le renforcement de sa présence dans l’Arctique afin de répondre à l’évolution des équilibres mondiaux. Les discussions techniques ont été confiées aux commandements militaires, avec un calendrier évoqué dès 2026.
Plusieurs pays européens, dont la Suède, se disent disposés à participer à un renforcement de la présence alliée au Groenland et dans le Grand Nord. Mais cet alignement se fait dans un climat de méfiance accrue vis-à-vis de Washington, dont l’imprévisibilité est devenue une préoccupation centrale.
Une confiance européenne fragilisée
Dans les cercles diplomatiques européens, l’épisode groenlandais est perçu comme un tournant. Le simple fait qu’un président américain évoque publiquement la possibilité de s’approprier le territoire d’un allié de l’OTAN a profondément ébranlé la confiance.
« Il n’y aura pas de retour à la situation d’avant », confie un diplomate européen, estimant que l’Union européenne devra repenser sa dépendance stratégique aux États-Unis, qu’elle soit militaire, économique ou technologique.
Sur le plan économique, si les marchés ont salué l’accalmie temporaire, les milieux d’affaires restent prudents. L’imprévisibilité de la politique américaine est désormais perçue comme un risque structurel pour le commerce international.
Entre inquiétudes locales et prudence internationale
Au Groenland, les réactions oscillent entre soulagement et inquiétude. À Nuuk, certains habitants se disent rassurés par l’abandon du scénario militaire, tout en restant conscients de la fragilité de leur position géopolitique.
Moscou et Pékin, pour leur part, ont choisi la retenue. Vladimir Poutine a déclaré que la question du Groenland ne concernait pas la Russie, tandis que la Chine a rejeté toute accusation de menace dans la région.
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