Les affrontements en cours dans le sud du Yémen marquent une inflexion stratégique majeure. À Hadramout, le conflit dépasse le cadre local et met au jour une fracture régionale longtemps contenue, tandis que le Conseil de transition du Sud avance désormais à visage découvert vers son objectif historique : la séparation.
Hadramout, d’arrière-cour à front stratégique
Longtemps restée en marge des principales lignes de front, la province de Hadramout s’impose aujourd’hui comme le nouveau centre de gravité du conflit yéménite. Frontalière de l’Arabie saoudite, cette région est devenue le théâtre d’affrontements directs entre les forces loyales au gouvernement reconnu et le Southern Transitional Council (STC), qui y a renforcé sa présence militaire ces dernières semaines.
Selon des responsables du STC, au moins sept personnes ont été tuées et plus de vingt blessées lors de frappes aériennes attribuées à la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, notamment contre un camp militaire dans la région d’al-Khasah. Ces chiffres n’ont pas été confirmés de manière indépendante. L’opération annoncée par les autorités locales pour reprendre des positions contrôlées par le STC s’est ainsi rapidement transformée en épisode d’escalade ouverte.
Le projet sudiste, désormais assumé
Créé en 2017, le STC n’a jamais renoncé à son ambition de restaurer un État sud-yéménite indépendant, tel qu’il existait avant l’unification de 1990. Jusqu’ici, cette revendication restait contenue par des accords politiques fragiles et par la nécessité de préserver les équilibres régionaux.
Aujourd’hui, le mouvement estime que le moment est favorable. Fort de son contrôle sur Aden et d’autres zones clés, il multiplie les signaux politiques : fermeture annoncée de l’aéroport d’Aden, accusations de blocus aérien, remise en cause ouverte du Conseil présidentiel et de la coalition arabe. Le séparatisme sudiste ne se limite plus à une revendication identitaire ; il s’affirme comme un projet de pouvoir.
Riyad, Abou Dhabi et l’effet Gaza
Abou Dhabi, sans s’exprimer officiellement sur les derniers affrontements, continue de privilégier une approche fondée sur ses relais locaux dans le sud du Yémen, misant sur la stabilité sécuritaire et le contrôle des axes stratégiques plutôt que sur les équilibres institutionnels promus par Arabie saoudite.
Derrière l’affrontement local se dessine une fracture régionale plus large. Riyad accuse implicitement les Émirats arabes unis d’encourager et d’armer le Conseil de transition du Sud, exposant au grand jour une rivalité longtemps contenue au nom de l’unité du Golfe.
Cette évolution s’inscrit dans un contexte régional profondément bouleversé par la guerre à Gaza, qui a redéfini les perceptions de sécurité et affaibli les cadres collectifs arabes. Dans ce climat de fragmentation, le Sud yéménite apparaît comme l’un des laboratoires les plus visibles des recompositions en cours, faisant planer la perspective d’une partition durable du pays.