« Les familles qui pillent la Tunisie » de Ezzeddine Mhedhbi, dont nous avons publié la première partie de « l’Acte II », met en lumière les secteurs économiques accaparés par les cercles proches du pouvoir sous Ben Ali.
Lire aussi : LES FAMILLES QUI PILLENT LA TUNISIE
Dans cette deuxième partie, l’auteur explore les mécanismes d’un despotisme économique qui a profondément marqué le monde des affaires tunisien.
Un système de prédation structuré par secteurs
Plusieurs secteurs clés de l’économie tunisienne ont été progressivement investis par les familles proches du pouvoir, révélant une organisation méthodique de la captation des richesses.
Les transports : un secteur stratégique sous contrôle
Le transport, sous toutes ses formes, apparaît comme un pilier majeur de cette prédation.
Dans l’aérien, plusieurs compagnies passent sous contrôle direct ou indirect de figures proches du pouvoir, tandis que Tunisair subit un affaiblissement progressif au profit d’intérêts privés.
Dans le maritime, le contrôle des ports et des flux stratégiques devient un enjeu central, notamment autour de La Goulette et du projet d’Enfidha.
Sur le plan terrestre, concessions automobiles et licences de transport sont largement attribuées à des acteurs liés au régime.
Banques et assurances : le cœur du pouvoir économique
Le secteur financier constitue un levier déterminant. Des banques et compagnies d’assurances passent sous influence directe ou indirecte, à travers des rachats et des alliances stratégiques.
Le foncier : une spéculation organisée
Le foncier devient un outil d’enrichissement rapide. Des terrains sont acquis à bas prix puis reclassés, générant des plus-values importantes grâce à l’intervention administrative.
Grande distribution : concentration et influence
Le secteur de la distribution se concentre progressivement entre les mains de groupes proches du pouvoir, à travers des licences et des acquisitions ciblées.
Pétrole, ciment et ressources stratégiques
Les ressources clés, comme le pétrole et le ciment, font l’objet d’une répartition contrôlée via des quotas et des circuits privilégiés.
Les « stocks-prédations » : une mécanique de rente
Un système de distribution de quotas d’import-export est mis en place, permettant à des membres du cercle rapproché de bénéficier de rentes régulières.
Privatisations : une appropriation des biens publics
Les privatisations opérées sur plusieurs années ont renforcé la concentration des richesses, offrant des opportunités d’enrichissement rapide à un nombre limité d’acteurs.
Un système économique fragilisé
L’ensemble de ces pratiques contribue à affaiblir l’État et à favoriser l’émergence de réseaux clientélistes, au détriment d’une économie structurée et équitable.
L’auteur interroge enfin les origines profondes de ce système et ses implications sur la gouvernance du pays.
Par Maître Ezzeddine Mhedhbi