Alors que le projet de gazoduc reliant le Nigeria à l’Europe revient au centre des discussions énergétiques, un débat stratégique s’ouvre autour du tracé oriental proposé. Le post publié par l’analyste et politologue Sami Jellouli relance la question : la Tunisie est-elle en train de manquer une opportunité majeure ?
Le projet vise à acheminer le gaz nigérian vers le marché européen via le Niger. Si le passage par ce pays semble inévitable pour des raisons géographiques, la compétition s’intensifie entre deux corridors principaux pour la suite du tracé : l’option algérienne et l’option libyenne.
La Libye tente de positionner son territoire comme maillon clé du projet, en cherchant à connecter le futur gazoduc au pipeline Greenstream reliant la Libye à l’Italie. Ce scénario serait discuté dans le cadre de pourparlers impliquant des intermédiaires et des partenaires européens.
L’Algérie avance des arguments
De son côté, l’Algérie avance des arguments structurels solides. Le pays dispose d’une infrastructure gazière éprouvée, d’une longue expérience dans l’exportation d’hydrocarbures et d’un réseau déjà interconnecté avec l’Europe. Selon plusieurs observateurs, cette option bénéficierait aujourd’hui d’un avantage comparatif.
Au centre de cette équation régionale figure l’Italie, et plus précisément le groupe énergétique Eni. Présente stratégiquement au Nigeria, en Libye et en Algérie, et dans une moindre mesure en Tunisie, Eni ambitionne de transformer l’Italie en hub gazier européen afin de compenser la réduction des flux russes.
« Dans cette configuration, le gazoduc Transmed apparaît comme une carte majeure pour Tunis. Ce pipeline relie le champ algérien de Hassi R’mel à l’Italie en transitant par la Tunisie. Il présente plusieurs atouts : coût inférieur par rapport à d’autres options, proximité géographique, capacité disponible au-delà du niveau d’exploitation actuel, maintenance récente et stabilité relative du corridor », a-t- il également expliqué.
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Le scénario le plus rationnel économiquement
Pour Sami Jellouli, si un accord définitif est conclu autour du gaz nigérian, le scénario le plus rationnel économiquement et sécuritairement serait un transit via l’Algérie et la Tunisie, en s’appuyant sur le Transmed. D’où l’interrogation centrale : où se situe la Tunisie dans cette dynamique ?
L’enjeu dépasse la simple redevance de transit. Un passage par le territoire tunisien permettrait d’augmenter les recettes liées aux droits de passage, de sécuriser une partie des besoins croissants en gaz pour la production d’électricité, de soutenir l’activité industrielle et de répondre à la consommation domestique.
L’appel lancé est clair : la Tunisie ne doit pas attendre que les décisions se prennent ailleurs. Il s’agirait d’activer une diplomatie économique proactive, voire de mobiliser des cabinets spécialisés en lobbying pour défendre ses intérêts auprès des décideurs nigérians et italiens.