Quelle place pour l’économique dans la nouvelle République ?

L’économie va-t-elle trouver son compte dans la nouvelle République après qu’elle a été longtemps sacrifiée sur l’autel des processus politiques et de la transition démocratique ? A notre sens, bien que le temps presse, il est important, aujourd’hui plus qu’hier, de ne pas se tromper d’objectif. “Le temps de la réflexion est une économie de temps”, a dit Publius Syrus !

Maintenant que le « Oui » au référendum a entériné la nouvelle constitution et consacré Saied dans le pouvoir tel qu’il le conçoit lui-même, malgré les anomalies et les manquements qu’on peut lui reprocher, il est grand temps que le dossier économique devienne la priorité du gouvernement.

L’Etat providence, ce n’est plus dans l’air du temps !

“Si l’espoir fait vivre, ceux qui vivent d’espoir meurent de faim.” Cette citation de Arsenic, quand bien même cynique, doit interpeller notre état d’esprit quant à la façon avec laquelle nous devons aborder la prochaine étape.

Ceci est vrai, non seulement pour l’Etat dont le rôle providence l’a longtemps réduit à des interventions sociales infructueuses et lui a ôté toutes velléités de réformes, mais, aussi, pour les entrepreneurs qui, sous le poids d’une administration archaïque et d’une législation obsolète, ont vu leurs actions se réduire comme peau de chagrin et leurs initiatives étouffées dans l’œuf.

Aujourd’hui, la priorité du dossier économique a ceci d’important qu’il peut, si jamais il est élaboré d’une façon pragmatique et sans favoritisme de quelque nature qu’elle soit, consacrer à la fois le processus politique et, surtout, donner une nouvelle impulsion aux secteurs d’activités dans le pays qui ont, faut-il le rappeler, beaucoup pâti de l’aversion des investisseurs aussi bien locaux qu’étrangers.

Ceci dit, dans le court terme, il ne sera nullement question d’une croissance soutenue. A notre sens, l’important, dans les toutes prochaines années, est que nous sortions du marasme ambiant dans lequel nous nous sommes empêtrés, et nous embarquer dans une dynamique de relance.

Comment s’y prendre ?

La priorité de l’Etat doit être axée, à notre avis, durant la prochaine étape, sur la libre entreprise qu’il doit généraliser à tous les secteurs et à toutes les forces laborieuses, en âge de travailler. A ce titre, il est important que l’Etat donne, lui-même, l’exemple. Comment ?

Nous n’allons pas inventer de nouvelles théories et encore moins appliquer des pratiques surréalistes difficiles à mettre en œuvre. Il suffit de nous accommoder des expériences vécues par des pays dont les économies ont les mêmes caractéristiques que nous et qui sont passés par les mêmes zones de turbulences.

“Si l’espoir fait vivre,
ceux qui vivent d’espoir meurent de faim.”
Cette citation de Arsenic,
quand bien même cynique,
doit interpeller notre état d’esprit
quant à la façon avec laquelle
nous devons aborder la prochaine étape.

Nous prenons pour exemple l’Egypte qui a réussi, grâce à des projets d’infrastructure tous azimuts (routes, autoroutes, aéroports, Canal de Suez, stades), et des projets immobiliers grandioses (une nouvelle ville est en train de pousser à 45 km du Caire où plus de 220.000 ouvriers s’affairent pour sa construction pour un investissement de 45 milliards de dollars), à donner une autre dimension à sa croissance. L’Egypte devra réaliser une croissance supérieure à 6% en 2022, alors que celle-ci, du temps de Morsi, en 2013, était de 2,2%.

La Tunisie devra, sans vergogne, s’inspirer de l’exemple égyptien et lancer de grands projets d’infrastructure (aéroports, autoroutes, chemins de fer, métro, barrages, stades, etc.), ou accélérer ceux déjà en chantier (pont de Bizerte, Port en eaux profondes d’Ennfidha) tout en réduisant au maximum les délais relatifs aux appels d’offres. En Egypte, les entreprises, quelle qu’en soit la nature, sont invitées à travailler, puis sont payées au résultat !

Quand bien même draconien, le régime de Sissi a littéralement transformé l’Egypte. En neuf ans de règne, il a extirpé une bonne partie de la population de la pauvreté, il a détruit les gourbis et les habitations de fortune, et les a remplacés par des logements sociaux, avec des facilités de paiement pour les bénéficiaires. Ceci sans compter les centaines de milliers d’emplois créés. Ce n’est pas un hasard si dans le pays des Pharaons, on ne jure, désormais, que par Sissi.

L’exemple vient d’en haut

Outre les projets d’infrastructure qui sont les moteurs de croissance par excellence, il est du rôle de l’Etat d’encourager l’entrepreneuriat privé, surtout émanant des diplômés du supérieur qui n’ont pas les moyens financiers de lancer leurs propres projets.

Créer des banques régionales ayant pour finalité le financement des projets des diplômés, avec une partie du capital détenue par l’Etat, peut, à bien des égards, créer un tissu entrepreneurial à même d’extirper les jeunes du chômage et les régions du sous-développement.

La Tunisie devra, sans vergogne,
s’inspirer de l’exemple égyptien et
lancer de grands projets d’infrastructure
(aéroports, autoroutes, chemins de fer,
métro, barrages, stades, etc.), ou
accélérer ceux déjà en chantier
(pont de Bizerte, Port en eaux profondes d’Ennfidha)
tout en réduisant au maximum
les délais relatifs aux appels d’offres.

Les crédits octroyés aux jeunes doivent être souples, peu contraignants et avec des taux d’intérêt insignifiants, du moins durant les premières années du lancement du projet. Pourquoi ne pas suivre l’exemple de la Suisse où les taux d’intérêt payés aux banques sont déductibles du fisc.

Il y a, certainement, un pan de mesures que l’Etat peut prendre dans ce sens, il suffit qu’il prenne l’initiative, montre l’exemple et informe les citoyennes et citoyens des défis à relever, sans rien promettre en contrepartie.

Le peuple tunisien en a assez des promesses, et comme dirait un exemple chinois “Mieux vaut mille refus qu’une promesse non tenue.” !

Chahir CHAKROUN
Tunis-Hebdo du 01/08/2022

Commentaires: