« Rouvrir nos frontières avec l’Algérie plutôt que de frapper aux portes du FMI »

Mohamed Akram Cherif, agent de voyages

Pour réussir la saison touristique et booster la relance, Mohamed Akram Cherif invite le Chef de l’Etat à intervenir en personne pour rouvrir nos frontières terrestres avec l’Algérie, sans quoi le secteur déplorera un manque à gagner pouvant atteindre jusqu’à 40%. Explications !

Comment se présente la saison touristique ?

« La reprise est là, mais elle n’est pas la même pour tout le monde. Il y a des disparités dans le taux de remplissage des hôtels. Les établissements cotés affichent, pratiquement, complet et commencent à enregistrer des arrêts de vente.

Ces catégories d’hôtels ne représentent, cependant, que 15% de la capacité de l’offre. Chez les autres, c’est-à-dire les hôtels de moyenne gamme, il y a de la disponibilité pendant la semaine, ce n’est que pendant le week-end que les unités se remplissent. Partant de là, le facteur tarif va être décisif dans la mesure où les hôtels seront obligés de remplir. En été, une journée perdue n’est plus récupérable« .

« En l’absence des touristes algériens,
on enregistrera de 30 à 40%
de manque à gagner durant la saison »

On s’attend, donc, à une baisse des prix ?

« Beaucoup d’hôteliers lanceront des offres promotionnelles jusqu’à fin juin afin d’assurer le remplissage de leurs unités en l’absence des touristes algériens« .

Justement, l’absence des touristes algériens portera un grave préjudice à la saison touristique !

« Incontestablement. La particularité du marché algérien c’est qu’il fait travailler toutes les catégories d’hôtels, de la moyenne gamme jusqu’au très haut niveau. En l’absence des touristes algériens, on enregistrera de 30 à 40% de manque à gagner durant la saison.

Et à ce titre, tous les secteurs seront touchés : agences de voyages via les plateformes de réservation, les hôteliers, les restaurateurs extérieurs et le secteur de l’artisanat« .

Comment peut-on remédier à cette conjoncture ?

« Sans un effort de l’Etat et l’intervention du Président de la République en personne, ou la cheffe du gouvernement, dans le sens de pousser à l’ouverture, dans les plus brefs délais, de nos frontières terrestres avec notre voisin algérien, la saison touristique risque d’être des plus normales.

En cas d’ouverture, on vivra une saison exceptionnelle en tout point de vue. A ce niveau, il faut louer les efforts déployés par la FTAV et son nouveau bureau fraîchement élu qui sont en train de faire du bon travail« .

« Le dilemme de l’aérien.
Tunis-Nice à 1500 dinars,
c’est insensé »

Quelles sont les autres lacunes qu’il faut impérativement combler pour réussir la saison ?

« L’aérien sans hésitation. La demande est là, mais l’offre de sièges dans les avions manque terriblement, non seulement au niveau de nos compagnies nationales (Tunisair et Nouvelair), mais sur toutes les compagnies étrangères.

Les tarifs sont, en effet, extrêmement élevés. Tunis-Nice, soit environ une heure de vol, à 1500 dinars, c’est insensé. A ce titre, il faut penser à une stratégie nationale du tourisme où chaque corps de métier mette un peu du sien. Le touriste ne doit pas être conçu comme une personne à déplumer.

Il faut que tous les acteurs travaillent la main dans la main, en tant que partenaires et non en tant que belligérants. Chez nous malheureusement, chaque intervenant veut tirer au maximum profit du client et rechigne à faire des concessions en l’absence de l’aide de l’Etat« .

A quel niveau l’Etat peut-il intervenir ?

« L’Etat peut aider de différentes manières. En Egypte, par exemple, l’Etat prend en charge le risque de l’aérien quand les sièges dans les avions ne sont pas remplis. Au Maroc, on continue à doper le secteur, à travers des aides aux employés, suite à la pandémie. L’Etat tunisien peut aider, à titre d’exemple, à travers la réduction des taxes, celles greffant essentiellement les boissons alcoolisées« .

Un message à passer ?

« Mon souhait est que nos frontières terrestres avec l’Algérie rouvrent le plus tôt possible. Il y va de la réussite de la saison touristique et de la relance de notre économie. C’est mieux que d’aller frapper aux portes du FMI ! »

Interview conduite par Chahir CHAKROUN
Tunis-Hebdo du 20/06/2022

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