Magistrats… Adultère… Révocation !

Khira Ben Khelifa, la magistrate accusée d’adultère.

Les juges ont entamé une grève dans tous les tribunaux durant une semaine, à partir de ce lundi 6 juin 2022, en signe de protestation contre la révocation, le 1er juin dernier de 57 magistrats par le président de la République.

La révocation de 57 magistrats a fait beaucoup de remous au point de provoquer un conseil national urgent de l’Association des magistrats tunisiens (AMT), samedi 4 juin au cours duquel les magistrats révoqués ont témoigné pour expliquer les dessous de leur révocation.

Accusée d’adultère

Parmi ces témoignages, celui de la magistrate, Khira Ben Khelifa, qui est revenue sur son cas affirmant avoir été accusée d’adultère à tort. Elle a témoigné, hier sur les ondes de Mosaique fm et a raconté son histoire après la fuite, sur les réseaux sociaux de documents relatifs à son affaire dont un rapport médical attestant qu’elle n’était pas vierge !

Khira Ben Khelifa assure que cette affaire a été montée de toutes pièces en 2020. Fiancée à un homme divorcé, la magistrate souligne que l’ex-épouse de son fiancé aurait décidé de se venger en tentant de prouver l’adultère.

La magistrate indique qu’une descente policière a été effectuée à son domicile le jour où son fiancée se trouvait chez elle, précisant que ce jour-là il était malade et alité dans le salon, précisant également qu’ils portaient tous deux leurs vêtements.

La magistrate indique avoir accepté de se soumettre à l’examen médical pour prouver mon innocence, précisant qu’elle n’est pas vierge et conclue son témoignage en indiquant que l’affaire se dirige vers un non-lieu puisque le dossier est vide.

Protestation le 8 juin

Selon elle, la révocation des 57 magistrats s’est inscrit dans le cadre d’un règlement de comptes personnel. Elle a expliqué que la concernant, elle a fait l’objet de campagnes de harcèlement orchestrées par la première dame, Ichraf Chebil suite à son refus d’accéder à une requête de la sœur de la Première dame, Atika Chebil.

Selon, il ne fait aucun doute qu’elle a été révoquée à cause de cette affaire sous couvert d’une affaire d’adultère qui n’en est pas une !

Les détails de cette affaire et le fait que la vie privée de la magistrate ait été déballée sur les réseaux sociaux ont indigné la Toile. Une manifestation est même prévue, ce mercredi 8 juin à 11h devant le palais de Justice pour condamner l’atteinte à l’honneur des juges et des femmes.

Témoignages

Cette affaire n’est pas isolée. Les magistrats révoqués ont tous témoigné, samedi, comme Romdhana Rahali, première présidente de la Cour d’appel de Bizerte, qui a considéré que la décision de son limogeage n’était pas claire puisqu’elle est basée sur l’octroi de la nationalité tunisienne à une personne détenant un passeport tunisien conformément à un dossier judiciaire, en 2013.

Le procureur de la République près du tribunal de première instance de Gafsa, Abdelkarim Aloui, a affirmé que sa révocation résultait de ses désaccords avec la méthode de travail des représentants du pouvoir politique et les forces de police de la région. Il a expliqué s’être opposé à plusieurs reprises à des descentes et à des raids illégaux.

Kais Riahi, premier substitut auprès du pôle judiciaire pour la lutte contre le terrorisme a affirmé que la décision de sa révocation est due à la non-application des instructions d’arrêter des personnalités sans raison.

D’autres magistrats ont affirmé que leur révocation résultait de leur refus de se soumettre aux instructions du ministre de l’Intérieur. Ce dernier leur aurait demandé d’accélérer les procédures dans certains dossiers, cherchait à s’ingérer dans le déroulement d’une enquête et exigeait l’arrestation de certains individus sans justifications.

Sadok Hachicha, juge d’instruction près du tribunal de première instance de Sousse, a indiqué que la majorité des révocations concerne des procureurs de la République.

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