Le nouveau front de salut national rejette la « Nouvelle République » de Kais Saied

Le mouvement Ennahdha a réaffirmé son rejet de l’approche de dialogue proposée par le président de la République Kais Saied, le qualifiant de « simulacre » et de « sélectif et d’exclusif ».

Dans un communiqué publié dans la soirée de ce vendredi 6 mai 2022, Ennahdha avertir que ce dialogue « approfondira la crise politique dans un contexte économique et financier proche de l’effondrement et de tensions sociales croissantes et dangereuses ».

Il met également en garde contre « le projet de démantèlement des institutions de l’Etat, en vue de préparer le terrain au système de construction par la base » et alerte sur « le danger de compromettre la souveraineté nationale et les intérêts stratégiques du pays ».

D’autre part, il tient le président Kais Saied pour « responsable de l’échec du gouvernement à élaborer un plan de réformes structurelles », et le considère « en perte de légitimité », évoquant une « incapacité à fournir les garanties nécessaires pour la réussite des négociations avec les partenaires sociaux et le Fonds monétaire international ».

Le dialogue sans les partis politiques rejeté

Sur le même son de cloche, Al-Joumhouri a également exprimé son rejet catégorique de l’appel du président de la République à un dialogue qui n’associerait pas les partis politiques, tenant « le Chef de l’Etat, pour responsable de la crise politique et ses répercussions graves sur la sécurité et la stabilité du pays ».

« Saied est également responsable de la détérioration de la situation économique et du démantèlement des institutions de l’Etat », lit-on dans le communiqué du parti, qui met en garde contre les « mouvements suspects » des coordinations du 25 juillet et des « campagnes explicatives » menées par les partisans de Kaïs Saïed.

Ahmed Nejib Chebbi : « Kais Saied se prépare
à dissoudre les partis politiques »

Ahmed Nejib Chebbi, l’initiateur du nouveau front de salut national, a tenu, jeudi, une conférence de presse au cours de laquelle il a annoncé que « le président de la République Kais Saied se prépare à dissoudre les partis politiques », selon lui.

Lors de cette conférence de presse organisée en urgence par les partis composant le front en question, Ahmed Néjib Chebbi, a estimé que « le pouvoir s’oriente vers la dissolution des partis politiques et à la mise sous résidence surveillée de leurs dirigeants ».

Il a souligné qu’en marge de la manifestation des sympathisants de Kais Saied, prévue ce dimanche 8 mai, les sièges des partis politiques seront visés, appelant les forces de sécurité à assurer la protection des locaux des partis et des personnalités politiques.

Ennahdha, premier soutien du front

Ahmed Nejib Chebbi a lancé le front de salut national afin de « remettre le pays sur les rails de la démocratie » et d’unifier tous les efforts pour contrer le coup d’Etat et proposer des alternatives et des solutions.

Le Mouvement Ennahha, Qalb Tounes, le Mouvement Tounes Al Irada, la Coalition Al Karama, le parti El Amal, l’initiative « Citoyens contre le coup d’Etat », etc. ont décidé de rejoindre ce front.

Le mouvement Ennahdha a réitéré, le 1er mai dernier son soutien au Front de salut national. Il a d’ailleurs réaffirmé son appui à toutes les initiatives nationales œuvrant à dénoncer le « coup d’Etat ».

La « Nouvelle République » de Kais Saied

Le président de la République, Kais Saied, a reçu, mercredi, au Palais de Carthage, le doyen et professeur de droit constitutionnel, Sadok Belaid, pour un entretien qui a porté sur des questions à caractère juridique et constitutionnel ainsi que sur la formation d’une commission nationale pour l’instauration d’une nouvelle République.

Le président Kais Saied a, à cette occasion, souligné que « la participation est ouverte à toute personne ayant soutenu le processus de rectification du 25 juillet 2021 ».

Cette commission supérieure sera divisée en deux sous-commissions : une commission dédiée aux réformes politiques et constitutionnelles alors que la deuxième est chargée de proposer des réformes économiques et sociales.

Cette commission aura un rôle consultatif et s’appuiera sur les résultats de la consultation électronique pour avancer ses propositions, ajoute le communiqué.

Le Chef de l’Etat a également reçu M. Ibrahim Bouderbala, Bâtonnier de l’Ordre National des Avocats pour une réunion qui a, elle aussi porté sur la mise en place du Comité national pour l’établissement d’une nouvelle République et le rôle du secteur judiciaire dans ce comité.

Un dialogue national « différent » de ses prédécesseurs

Le président de la République Kais Saïed a annoncé, le 1er mai lors d’une allocution, la création d’un haut comité auquel sera confié la mission de préparer au mieux l’instauration d’une nouvelle République dans les plus brefs délais, conformément au décret présidentiel relatif aux mesures exceptionnelles.

Ledit haut comité constitué de deux organes, avait-il annoncé. Le premier sera chargé des questions liées au dialogue national et sera composé du quartet : Union générale tunisienne du travail (UGTT), Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA), Ordre national des avocats (ONAT) et Ligue tunisienne de défense des droits de l’homme (LTDH).

Ce dialogue national sera « différent » de ses prédécesseurs, a assuré Kais Saied, soulignant qu’il ne sera ouvert qu’à ceux qui sont « crédibles » envers le mouvement correctif amorcé le 25 juillet 2021.

Ceux qui se sont vendus les consciences, qui sont « dépourvus de patriotisme » et qui n’ont cessé de « saccager, d’affamer et de malmener le peuple tunisien », ne seront plus présent à ce dialogue, a martelé le chef de l’Etat.

Les travaux de cet organe seront soumis au peuple par voie de consultation nationale avant que les recommandations et les propositions formulées ne prennent corps dans un projet soumis à l’approbation populaire dans le délai préétabli du 25 juillet 2022, a-t-il précisé.

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