Les beys husseinites à Ksar Said

L’affiche de l’exposition

L’exposition « Les beys husseinites » se présente comme l’un des plus importants événements patrimoniaux de l’année 2022. Cet événement est actuellement accueilli par le palais Ksar Said et offre de nombreuses découvertes.

L’exposition est articulée autour de trois axes complémentaires. En premier lieu, le public pourra découvrir un aperçu historique des différentes périodes du régime beylical husseinite.

Ensuite, l’exposition propose une importante collection de tableaux réalisés par des artistes comme Hédi Khayachi, Ahmed Osman, Noureddine Khayachi ou M’hamed Mtimet.

Enfin, des portraits restaurés par l’équipe du Laboratoire de conservation et de restauration, des biens culturels forment le dernier versant de cet ensemble.

Cette exposition est une occasion pour revisiter l’histoire des beys. En effet, les œuvres exposées représentent une collection témoignant de la vie à la période husseinite et ayant trait aux symboles du pouvoir beylical. Cette exposition s’inscrit dans le cadre de la mise en valeur du riche patrimoine tunisien de la collection du palais Ksar-Saïd.

Notons que cette collection comprend un des trônes de la période husseinite ainsi que plusieurs œuvres qui ont été offertes aux beys tunisiens par des souverains étrangers. La plupart de ces objets remontent au dix-neuvième siècle alors que la dynastie husseinite a régné sur la Tunisie de 1705 à 1957. La visite de l’exposition permet aussi d’apprécier les fastes de l’ancien palais qui accueille l’exposition.

En effet, Ksar Saïd est un ancien palais beylical tunisien situé au Bardo, dans la banlieue ouest de Tunis, non loin du musée national du Bardo. Cet édifice est initialement la résidence d’Ismaïl Es-Sounni, un dignitaire de la dynastie husseinite et beau-frère des souverains Mohammed Bey et Sadok Bey.

Après la disgrâce de son propriétaire initial, accusé de complot et exécuté en 1867, ce palais est récupéré par Sadok Bey qui décide de le nommer Ksar Saïd (« Palais de la Joie») et s’y installe en 1869, après y avoir mené des transformations importantes. Le palais de Ksar Saïd témoigne également d’un événement historique important qui marquera la dynastie husseinite.

C’est en effet dans ce palais qu’est imposée à Sadok Bey la signature du Traité du 12 mai 1881, le fameux Traité du Bardo, qui marque l’établissement du Protectorat français en Tunisie.

Le palais Ksar Said connaît ensuite un destin contrasté. Après la mort de Sadok Bey, en 1882, le palais est délaissé par son successeur Ali Bey qui s’installera à La Marsa. Au tout début du vingtième siècle, le palais redevient une résidence beylicale sous Hédi Bey qui est le seul souverain à l’habiter après Sadok Bey.

En 1951, Lamine Bey fait de Ksar Saïd le siège d’un centre hospitalier qui porte son nom, avant qu’il ne soit rebaptisé hôpital Aboulkacem-Chabbi en 1957. Au cours de cette période, le palais subit certaines modifications et ajouts.

Depuis plusieurs décennies, il est question d’y installer un musée d’histoire moderne et contemporaine de la Tunisie, avec en son sein une section consacrée aux beys des dynasties mouradite (1613-1702) et husseinite (1705-1957). Il y a trois ans, ce palais avait également accueilli une importante exposition ayant trait au dix-neuvième siècle en Tunisie et intitulée « L’éveil d’une nation ».

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Palais Ksar Said hier…

Lorsqu’on évoque les premiers artistes tunisiens, ceux dont la pratique picturale remonte au dix-neuvième siècle, le nom d’Ahmed Osman s’impose de lui-même. Alors que Yahia Turki (1903-1969) est considéré comme le père de la peinture de chevalet en Tunisie, l’antériorité d’Ahmed Osman saute aux yeux.

Né en 1838 et décédé en 1920, Ahmed Osman évolue toutefois dans un contexte et un style différent de celui de Yahia Turki. Ce dernier a participé à la fondation de l’École de Tunis et en sera aussi le président à partir de 1956. Il a aussi laissé une œuvre majeure et prolifique, témoignant de plusieurs aspects de la société tunisienne de son époque. Incontestablement, Yahia est un grand témoin dont la griffe est reconnue.

À sa manière, l’exposition « Les beys husseinites » remet à l’honneur Osman en présentant certaines de ses œuvres. Cette rétrospective patrimoniale est d’ailleurs l’occasion de revoir les œuvres de deux autres artistes essentiels qui sont Hedi Khayachi (1882-1948) et son fils Noureddine (1918-1987), tous deux liés à l’héritage husseinite par leurs travaux.

L’héritage d’Ahmed Osman et des Khayachi père et fils, reste insécablement tributaire du dix-neuvième siècle de cette dynastie beylicale fondée en 1705 et détrônée en 1957.

Ainsi, les œuvres d’Osman sont un reflet de ces beys qui y sont représentés. Rares et très recherchées, ces toiles ne sont qu’une dizaine à être recensées. On y croise les portraits de Sadok Bey et Mohamed Hedi Bey, on y retrouve aussi des évocations de l’histoire tunisienne.

Cette collection Ahmed Osman est conservée par les services compétents de l’Institut national du patrimoine et du Musée de l’histoire contemporaine à Ksar Said. Quelques particuliers possèdent aussi quelques tableaux de cet artiste dont on a du mal à retrouver les propres portraits.

Il existe en effet peu d’informations sur cet artiste dont l’œuvre la plus emblématique est la fameuse représentation de Sadok Bey, Khereddine Pacha, les dignitaires de la cour et la garde beylicale, tous réunis autour de l’escalier aux lions du palais du Bardo.

Qui était Ahmed Osman ? Né à Monastir en 1840, il vit à Sousse puis s’installe à Tunis où il décédera en 1920. Militaire de carrière, il a pour violon d’Ingres, la peinture qu’il pratique au service de la cour husseinite, après avoir fréquenté des écoles italiennes. Ses œuvres ont été produites entre 1870 et la première décennie du vingtième siècle et presque tout reste à découvrir à son propos.

Dans l’ouvrage « Artistes de Tunisie » d’Elsa Despinay et Ridha Moumni, on peut apprendre qu’il est le « fils d’un mamelouk originaire de Candie (Crète). Son père était le directeur des biens habous du sud de la Tunisie. » Les rares renseignements biographiques disponibles ne permettent pas de suivre la trace d’Ahmed Osman. Selon une autre source, son père aurait été ministre de la Marine à l’époque de M’hamed Bey.

En conclusion, Ahmed Osman fut le premier artiste tunisien à la notoriété établie à avoir pratiqué la technique de la peinture à l’huile sur toile. Sa vie et son œuvre restent peu connues et les rares informations disponibles à son sujet ont été relayées par sa famille. Selon le regretté Ahmed Ben Abdallah, « son père l’a envoyé dans l’une des académies italiennes d’art pour apprendre la peinture et copier les maîtres.

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… Et aujourd’hui

Consacrée aux beys husseinites, l’exposition qui se déroule jusqu’à la fin de l’année au palais Ksar Said, est une occasion rêvée de redécouvrir certaines des œuvres de Hédi et Noureddine Khayachi. Ces deux artistes de la tradition figurative ont excellé dans la restitution des scènes de la vie traditionnelle et dans l’imagerie liée à la dynastie husseinite.

Portraitiste prolifique, Hédi Khayachi a longtemps été au service de la cour beylicale et des dignitaires husseinites. Il laisse derrière lui une galerie de portraits qui aujourd’hui, fait partie intégrante de l’histoire de la peinture tunisienne.

Né en 1882, décédé en 1948, Hédi Khayachi est l’un des maîtres de la tradition picturale tunisienne. Comme de nombreux artistes de sa génération, il a fréquenté l’atelier de Émile-Auguste Pinchart avant de parfaire sa technique à Paris et Rome.

Hédi Khayachi nous lègue un immense patrimoine alliant la dimension documentaire au caractère esthétique. Il est un témoin essentiel de son époque et restera l’un des grands artistes ancrés dans l’univers tunisien.

Son fils, Noureddine Khayachi, poursuivra l’œuvre de son père. Très tôt initié à la peinture, il ira en Italie pour y suivre les cours de l’Académie des Beaux-arts de Rome. Artiste exigeant, le regard pétri par les œuvres de la Renaissance et la technique maîtrisée, il réalise à son tour une série de portraits des personnages majeurs de la dynastie husseinite.

Également tourné vers les scènes de la vie d’antan, il reconstitue les univers feutrés des intérieurs bourgeois et les fastes de la vie quotidienne. Dans ce sillage, il travaille également à ressusciter l’histoire de Tunisie et ses figures nobles ou populaires dans une démarche qualifiée de classicisme arabe.

Né en 1918, décédé en 1987, Noureddine Khayachi a également été un formateur des plus compétents. Il a en effet transmis son savoir-faire aussi bien en Tunisie que dans d’autres pays arabes.

Khayachi père et fils constituent un versant entier de la tradition picturale tunisienne. Il suffit d’observer les compositions qu’ils réalisent et les équilibres qu’ils obtiennent pour se convaincre de l’importance de leur héritage.

Belle opportunité pour découvrir leurs tableaux, l’exposition « Les beys husseinites » est aussi un hommage posthume qui leur est rendu.

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