Brassens, la magie de Sète et de l’Orient

Tribune | Par Raoui Mounir Maaroufi

Il est de ces moments magiques où nous en arrivons à nous libérer graduellement et imperceptiblement l’esprit, à notre insu, l’ouïe bercée par les envolées verbo-musicales de l’âme polissonne de Brassens, à plat ventre allongé sur son tapis volant, naviguant allègrement entre le Caire flamboyant et les vertes plaines du Kef tantôt à la rencontre de l’âme du grand maître de la chanson arabe tantôt pour embrasser amoureusement celle, passionnée et authentique, de la native de Nebeur.

Il s’agit d’un retour sur la clôture de la 4ème session du festival « Les Francophonies de Sousse », organisée conjointement par l’Association des Tunisiens Amis de la Francophonie (ATAF) et l’Université de Sousse, avec une superbe soirée intitulée « Brassens, Hommage Oriental » où fusion et métissage étaient les maîtres-mots.
Jean-Marc Bellenger, enseignant musicien installé en Tunisie depuis 2016, a conçu ce projet artistique à partir de 2020, dans la perspective du centenaire de Georges Brassens en 2021, né à Sète, France un 22 octobre 1921.

Dans le cadre d’une recherche doctorale sur les conditions de réalisation et de transmission d’un métissage musical éthique, Jean-Marc Bellenger avait déjà conçu plusieurs autres projets provoquant la rencontre entre des éléments musicaux et esthétiques des univers populaire et jazz d’une part, et orientaux d’autre part.

Le projet Brassens comporte 10 chansons du maître, choisies pour leur capacité à constituer un panel représentatif de ses univers emblématiques. Chaque chanson a fait l’objet d’un travail de re-création raffiné, dans lequel les insertions d’éléments de patrimoine oriental sont de différents types. Par ailleurs, chaque morceau est introduit en langue tunisienne par une actrice-interprète, la ravissante Faten Ben Jebril, ce qui crée un continuum sans temps morts très rythmé et dynamique.

L’équipe, avec Jean-Marc Bellenger à la guitare et au chant, se compose de quatre étudiants brillants de l’Institut Supérieur de Musique de Sousse, Ghada Benmna et Ghenwa Krifa, voix et percussions, le luthiste à la voix d’or, Ahmadi Alaa ainsi que d’un compagnon de route de plus de 5 ans, le jeune médecin-qanuniste Mohamed Amine Kalai, les rythmes se succédant et soutenus à merveille par le jeune et brillant percussionniste Nizar Frifita.

Plusieurs des titres proposés comporte une chanson de Brassens, métissée à souhait par l’apport du Luth et du qanun, s’articulant tout en souplesse, harmonie et raffinement avec une chanson du patrimoine tunisien et oriental :

1- Au bois de mon cœur /يا أحبابي
2- Je me suis fait tout petit / مغرم أنا بيك
3- Auprès de mon arbre / يا الي بعدك ضيع فكري
4- Bancs publics / كم عايرو
5- Brave Margot / من غير ليه
6- Les passantes
7- L’auvergnat
8- Gastibelza
9- Cupidon s’en fout
10- Les copains d’abord

Le concert de clôture au théâtre de Sousse en clôture du festival de l’université et des Francophonies de Sousse, s’est avéré être un véritable succès, aussi bien du côté des jeune et moins jeunes du public tunisien, que des français de la région venus en grand nombre.

Une salve d’applaudissements émanant d’un public acquis et enchanté, toutes catégories confondues, a réservé une vigoureuse standing ovation à Jean-Marc Bellenger, ses chanteurs et ses musiciens.

Il est clair que ce spectacle enchanteur devrait faire le bonheur absolu de nos festivals d’été, dont les organisateurs sont invités à l’inclure dans leurs programmations.

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