Ukraine : L’embourbement se confirme !

Après plus d’un mois de combats d’enfer, la situation est toujours confuse | Photo : Reuters / VIACHESLAV RATYNSKYI

Nous avons prédit, dans nos deux précédents éditoriaux, que la guerre russo-ukrainienne sera longue, voire ruineuse pour un petit pays que l’OTAN a poussé irrémédiablement dans la gueule du loup.

Et que la porte de l’enfer vient d’être ouverte pour de bon, par voie de conséquence, pour y voir se précipiter autant la minuscule Ukraine, appuyée par presque la moitié des Etats du monde, que la Russie qui se débat seule, alors que l’immense Chine et l’Inde, quant à elles, ont prôné une neutralité bienveillante à son égard.

Et après plus d’un mois de combats d’enfer, la situation est toujours confuse et reste annonciatrice d’une longue guerre, voire se muer en guérilla à l’afghane et pourquoi pas à la « Vietnamisation » du conflit.

A noter que des pays comme la Suisse, la Norvège ou la Finlande, réputées pour être séculairement neutres, se sont à leur tour retournées contre l’ancienne Union soviétique. Elles sont en train de fournir aux troupes ukrainiennes des renforts de toutes sortes, particulièrement en armes sophistiquées.

De plus, elles ont accepté, comme du reste la totalité des pays européens, d’imposer un éventail de nouvelles sanctions économiques et financières à l’encontre de Moscou, presque autant que les autres Etats membres de l’OTAN. Ces derniers sont, aujourd’hui, à leur quatrième campagne coercitive sur divers plans contre l’ex- URSS.

Ainsi, la Russie vient-elle d’être mise de nouveau et, pour la quatrième fois consécutive, au ban du commerce international au risque d’être coupée du monde. Bien que ses « ennemis » restent encore divisés à prendre autant de nouvelles sanctions si majeures à son encontre.

Initiatives auxquelles a répliqué intelligemment le maître du Kremlin en imposant aux Etats tiers de régler en roubles leurs énormes acquisitions en gaz et pétrole russes. Ce qui signifie qu’ils doivent régler leurs divers achats en devises russes (les roubles).

Côté militaire, les affrontements traînent toujours annonciateurs d’un embourbement inévitable, quoique les unités russes évitent les combats de rues si meurtrières pour les uns et les autres. Et ce qui complique davantage la situation, c’est que des armes sophistiquées occidentales pleuvent sans cesse et de partout en tant qu’aide pour la défense de la «petite» Ukraine.

Tandis que les envahisseurs d’en face sont en train d’expérimenter des armes dernier cri dont des missiles hypersoniques. Ces derniers peuvent être lancés avec une haute précision depuis le territoire russe du fait qu’ils ont une portée de plus de deux mille km.

Toutefois, la multiplication sur le terrain des comportements des équipages, entre autres, des blindés russes trahit l’état de manque d’une élaboration stratégique criarde, doublée d’une efficacité douteuse. D’où les piétinements lamentables des contingents russes sur presque la totalité des fronts.

Alors que le but essentiel de l’Occident – qui a poussé inéluctablement Zelensky à vouloir adhérer à l’organisation atlantique – est de chercher, coûte que coûte et par tous les moyens, à y faire embourber la Russie du « rigide Poutine » dans l’enfer qu’est devenue l’Ukraine.

Et pourquoi pas, de le voir « s’y éterniser » plus qu’il n’en faut avec son lot de souffrances pour les civils innocents ainsi que les peuples des pays en voie de développement, particulièrement ceux de l’Afrique qui, prochainement, seront menacés de famine…

Poutine, notons-le, combat en solitaire ou presque contre la majorité des Etats du monde, surtout ceux sous obédience américaine, qui lui en veulent irrémédiablement.

Et que, de même, il n’y a jamais eu dans l’histoire ancienne, ou récente, une entente pareille, à la fois militaire, économique et financière aussi importante et comprenant autant de pays, devenus ennemis ou presque, que celle dressée contre la Russie où prône Poutine en maître absolu.

A noter, par exemple, que le tandem de criminels de l’AXE, Hitler et Mussolini, lors de la Seconde Guerre mondiale, n’a pas connu l’aide d’une pareille coalition en nombre afin d’abattre les Alliés.

Poutine a, face à lui, aujourd’hui, tous les pays de l’OTAN, les Etats-Unis en plus, évidemment. Et même les pays scandinaves – considérés dans l’histoire et jusqu’à ces derniers temps – comme des Etats absolument neutres. Auxquels il faut ajouter le Japon, la Corée du Sud et, tenez-vous bien, l’Arabie saoudite. Tous agissant dans le but de freiner les avancées de l’armée russe en terres ukrainiennes.

Comme ce pays et son courageux peuple disposent aujourd’hui de tant d’aides de toutes sortes, y compris des armes dernier cri, fournies surtout par l’OTAN, ainsi que des volontaires chevronnés, accourus de partout, on s’attend à ce que cette guerre destructrice s’éternise…

Et cela, au détriment du bon peuple qui a vu ses villes détruites l’une après l’autre et dont plus de trois millions de citoyens ont pris le chemin de l’exil partout dans le monde, y compris aux USA même et au Canada. Quant à la Russie, elle est candidate aujourd’hui à connaître un sort peu reluisant, voire pire que celui que l’Union soviétique de naguère a connu en Afghanistan, pourtant avec peu d’alliés inconditionnels du côté musulman.

Et pourquoi pas Kiev ne serait pas un nouveau Vietnam qui fut un légendaire tombeau pour les GI’s. Mais cette fois-ci pour les troupes russes ? Toutefois, cette guerre, à la longue, peut s’avérer quand même profitable, stratégiquement à l’OTAN. Cette organisation étant en train d’occuper, et pour longtemps, le flanc nord de l’Europe.

Et dans un geste jugé foncièrement provocateur et au summum du défi, Biden vient tout juste de séjourner en Pologne, l’espace d’un jour, à 80 kms seulement de la frontière de l’Ukraine en guerre contre la Russie…

M’Hamed BEN YOUSSEF
Tunis Hebdo du 28/03/2022

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