Vers un embourbement asphyxiant !

L’Ukraine n’est plus que dégâts ! CP : SIPA

Dans notre précédent éditorial, nous avons pronostiqué et émis des doutes quant à une fin rapide de la guerre russo-ukrainienne. Et que Goliath ne peut tout à fait dévorer David !

Nous avons, par ailleurs, pronostiqué – grâce à notre formation en stratégie suivie au sein de la Grande Ecole militaire de Bruxelles (ERM) – que nous allons prochainement assister à une longue guerre éreintante pour les deux Etats devenus, du jour au lendemain, des ennemis irréductibles.

Voici donc plus de vingt jours que des batailles atroces truffées de bombardements meurtriers sur la capitale Kiev, et les grandes villes du pays ! Un embourbement prévisible auquel participent activement d’un côté les satellitaires alliés musulmans Tchétchènes, associés à une quinzaine de milliers de guérilleros débarqués tout récemment de Syrie, Bachar étant un grand et fidèle ami de Poutine.

Tous en armes du côté de l’ancienne URSS. Et, de l’autre côté, moult volontaires de tout bord provenant des pays européens. Ils s’y sont précipités pour constituer des brigades de volontaires afin de soulager, un tant soit peu, le jeune et peu expérimenté Zelensky.

Il s’agit là, à l’évidence, de tenter de reconstituer le type d’unités de volontaires ayant cherché au passé à barrer la route à l’avènement d’un Franco en Espagne autant terrifiant que dictateur à l’exemple d’un Staline irréductible qu’il admirait.

Quant aux différentes tentatives de calmer le jeu entre les deux jusqu’auboutistes belligérants accourus d’un peu partout, y compris du Turc Erdogan – dont le pays fait partie de l’OTAN – ainsi que les différents pourparlers intergouvernementaux, tenus à la frontière russo-ukrainienne, n’ont tous, malheureusement, obtenu que de minces, voire très minces avancées.

Du fait que l’Ukraine – quoique déçue de l’absence d’une aide militaire encore plus massive et efficace, pourtant promise, voire d’une intervention directe des forces de l’Alliance Atlantique, organisation à laquelle Zelensky rêve de voir son pays y figurer en tant que membre à part entière – ce petit pays tient toujours moyennement bien ! Cela, malgré plus de trois millions de réfugiés.

Et, aussi, grâce à l’acheminement (mercredi 9 mars par exemple), à ses unités de très importants stocks d’armes sophistiquées dont 17 mille missiles antichars d’assaut et 3700 missiles antiaériens. Ces derniers sont généralement tirés grâce à des lanceurs portés sur les épaules, permettant une résistance fort efficace contre les blindés et les hélicos russes.

C’est du reste, entre autres, ce type d’armes si perfectionnées qui a permis aux redoutables Afghans, en 2008, de battre ces mêmes Russes, (relevant de l’URSS à l’époque) ayant au passé occupé ce pays musulman.

Ajouter à cela la disposition des Ukrainiens d’un potentiel de drones turcs de type « Lowcost », en l’occurrence des « Bayraktrars TB 2 » qui sont très efficaces contre les blindés et causent aussi des dégâts significatifs aux troupes au sol, d’autant plus que l’aviation de l’armée ukrainienne a été totalement détruite dès le premier jour de l’invasion.

Celle-ci a eu lieu totalement par surprise du fait que Moscou ayant prétendu poursuivre de simples manœuvres en collaboration avec certains de ses alliés, anciens satellitaires de Moscou, tous frontaliers de l’Ukraine, dont particulièrement la Biélorussie depuis laquelle l’armée russe a entrepris d’attaquer, par surprise, ce pays.

Et c’était là, à l’évidence, une des ruses morbides de Poutine, quoique l’art militaire prévoie spécifiquement ce stratagème. Et l’histoire mondiale ancienne – et même pas très lointaine – foisonne de pareils cas, aussi bien lors des guerres des conquêtes musulmanes que depuis celles menées par Carthage de l’illustre Hannibal. Ou celle encore qui a dupé Staline par son propre allié, Hitler, lors de la Seconde Guerre mondiale.

Toutefois, aujourd’hui, on constate que l’armée russe commence à piétiner et à ne pas progresser aussi vite que prévu et comme planifié par l’Etat-major moscovite. Et cela, malgré son arsenal d’armes effrayantes.

Tout d’abord, il y a eu le mauvais temps. Il s’agit actuellement du début de la fin de l’hiver avec un dégel maximum dans toutes les zones. Celui-ci, mélangé à la terre, donne un amalgame facile à provoquer l’embourbement de tous les véhicules transporteurs de troupes, voire les tanks aussi, ces mastodontes à chenilles.

C’est un peu comme le scénario qu’a connu Napoléon Bonaparte lors de son invasion de la Russie – et sa lamentable tragédie lors du passage de ses unités de la Berezina – ou celui des armées allemandes sous le Führer… Le froid et le gel du matériel à l’époque ont fini par venir à bout de tant d’unités nazies.

Le mauvais choix des dates de toute offensive guerrière peut, à son tour, s’avérer déroutant aussi. Et à plus d’un titre. N’oublions pas qu’un bon timing, c’est la clef de la victoire !

De plus, il y a un manque flagrant d’entretien des armes lourdes, tanks, canons et transporteurs blindés, du côté russe. Et cela, à l’évidence, depuis la fin des combats contre la Géorgie en 2008. Ce qui explique déjà leurs pannes fréquentes.

Ajoutez à cela la grande résistance observée chez les Ukrainiens dont le rappel des réservistes, comprenant des éléments chevronnés auxquels se sont joints des combattants anti-russes, hautement aguerris, accourus de partout, aussi bien ceux relevant des anciens pays colonisés par le Kremlin, que des différentes régions d’Europe.

Du coup, tous ces aléas imprévus, semble-t-il, ont concouru à ralentir les avancées escomptées des conquérants qui roulent ou marchent sur des terrains hautement minés. En plus de la résistance glorieuse qu’ils rencontrent en permanence.

Certes, Poutine a les moyens de sa politique – la Russie étant la seconde puissance militaire de par le monde – toutefois « Dame Nature » ne semble pas s’être placée tout à fait de son côté. Du moins, pour un certain temps encore…

N’empêche qu’il reste toujours inflexible et bien droit dans ses bottes, du fait qu’il craint qu’en cas de renoncement à raisonner l’intrépide Zelensky, ce sont tous les Etats voisins, relevant de l’ancien empire soviétique, qui vont suivre, par contagion, son « mauvais » exemple, à savoir, faire partie intégrante de l’OTAN. Chose qu’il n’admettra jamais de voir s’installer à ses frontières des bases atomiques relevant de l’Oncle Sam, entre autres.

Par ailleurs, prochainement, il se peut que l’homme fort du Kremlin, et si inflexible, connaîtrait un risque non négligeable l’acculant à rendre quand même des comptes à sa propre opinion publique. Celle-ci n’admettra nullement une guerre longue et éreintante. Et cela, c’est bien connu, ayant été vu avec éclat dans d’autres cas pareils, comme par exemple lors de la guerre du Vietnam !

A noter aussi que depuis ce sinistre 18 février 2022, les jours se suivent, charriant avec eux les horreurs d’une guerre insoutenable pour un petit peuple aussi courageux que laborieux et technologiquement à la pointe du progrès, en plus d’être le grenier et de l’Europe et de l’Afrique (en lieu et place de la Tunisie de naguère).

De surcroît, nous assistons aussi à un foisonnement de communiqués de propagandes sournoises ainsi que de multiples ballets diplomatiques, y compris des rencontres ministérielles entre les deux belligérants. Mais toute cette effervescence reste sans suite notable…

C’est ainsi qu’au vu de tous les aléas précités, on est endroit de se demander si Poutine – alors que les sanctions de toutes sortes, y compris économique et financières des plus graves pleuvent indéfiniment sur le Kremlin, afin de faire isoler cet immense Etat – ne doit-il pas entreprendre de réviser prochainement sa copie ? Lui qui est connu pour être irréductible.

Et profiter surtout du fait que les différents Etats occidentaux ne sont pas tous sur la même longueur d’onde à cause de ces sanctions considérées à double tranchant d’autant plus qu’il y a un possible risque de les voir finir par entrer en période de différends entre eux.

Reste que son comportement agressif risque de mener le monde dans son ensemble dans une piètre situation économique, l’Europe comprise. Et particulièrement notre continent, l’Afrique, depuis longtemps mal parti !

Doit-on rappeler, ici, que ce sont les pays composants notre continent les moins pourvus socialement et financièrement qui risquent les premiers d’en pâtir et plus gravement que les autres ?

Certains osent même avancer que, faute de blé ukrainien, il y a un grand danger – par la faute de l’Occident mené par Biden en premier ayant commis des fautes, voire l’irréparable envers Poutine – de voir la famine surgir un peu partout dans le monde d’autant qu’il se débat toujours dans la mêlée et confronté à la terrifiante épidémie qu’est la Covid-19. Celle-ci n’a-t-elle pas déjà désarçonné le monde dans son ensemble ?

M’Hamed BEN YOUSSEF
Tunis-Hebdo du 14/03/2022

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