Tunisie : Kais Saied face aux lobbies… qui sortira vainqueur ? 

En août 2020, l’ancien ambassadeur de l’Union européenne en Tunisie Patrice Bergamini avait lancé un avertissement aux autorités tunisiennes concernant le pouvoir de quelques familles qui contrôlent l’économie tunisienne.

Une déclaration qui lui a coûté probablement son poste en Tunisie au vu de la polémique qu’ont suscitées ses déclarations. Sauf que malheureusement il a tout dit, ou presque, en ce qui concerne le fonctionnement de l’économie tunisienne.

Si plusieurs observateurs de la scène nationale estiment que la réussite du plan de relance et des réformes économiques est tributaire de la volonté politique de « faire la guerre » à l’économie de copinage, voire à l’économie de rente qui bloque, depuis des décennies, le développement de l’entrepreneuriat et favorise les inégalités sociales et régionales, la mouvance du 25 juillet a pourtant promis d’éradiquer toute forme de corruption.

Près de sept mois après sa prise de tous les pouvoirs, Kais Saied commence à appréhender le poids réel de ces lobbies qu’il a, semble-t-il sous-estimé au départ de son coup de passage en force.

En Tunisie, ce sont malheureusement quelques familles ayant bâti depuis les années 60 – 70’ des empires financiers et ont investi dans pratiquement tous les secteurs. Loin de tout discours voulant porter atteinte au capital, ni à l’investissement, ces familles ont progressivement manipulé les secteurs clés de l’économie nationale.

A commencer par l’énergie, les productions lourdes, arrivant aux secteurs des télécommunications, en passant par la grande distribution et les produits alimentaires. Voulant en effet maintenir le statu quo, elles ont tout au long de ces quatre dernières décennies posé des verrous partout et étouffé dans l’œuf toute concurrence en dépit d’un arsenal juridique garantissant les droits des investisseurs.

Autrement dit, ces empires financiers dont les activités portent sur plusieurs secteurs, ont pris la forme de lobbies économiques et de groupes d’influence assez puissants. Si avant la révolution, ils étaient tous sous le contrôle de Ben Ali, de sa famille et de son entourage, après le 14 janvier ces groupes ont construit des ramifications politiques ayant manifestement influencé le pouvoir exécutif et législatif.

Si le président de la République a, au départ, cru qu’à l’aide d’un simple ordre ou décret il allait changer le visage de la Tunisie, aujourd’hui il fait face à une guerre annoncée par ces lobbies visant à mettre fin à la mouvance du 25 juillet. Cette alliance politico-économique veut en effet en finir avec le processus du 25 juillet et rétablir un pouvoir politique garanti tel que conduit pendant une décennie par Ennahdha.

Car vous l’aurez tous remarqué, actuellement, l’économie est à genou. Les circuits de distribution paralysés, les produits de base en pénurie, les médicaments introuvables, les salaires versés en retard et surtout une campagne médiatique contre le président de la République. En tout cas, pour le président de la République, il est impératif de sortir vainqueur de cette guerre, dans une dernière tentative de faire libérer le pays de ces lobbies.

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