Nadia Akacha, la « boîte noire », bien noire, du Palais

Nommée Chef de cabinet du président Kaïs Saïed en 2020, elle n’aurait occupé ce poste névralgique que durant deux ans. Et depuis cette chute, camouflée en démission, il y a deux semaines environ, les langues commencent à se délier, parfois excessivement.

Toutefois, cette période lui a permis de dominer l’ensemble des collaborateurs du président, allant jusqu’à faire le vide autour de lui, vu qu’elle aurait « réussi à dominer son esprit », ce qui lui a permis de mettre à la porte pas moins d’une dizaine de directrices et de directeurs dont le Général Mohamed Samdi (conseiller à la sécurité nationale) ou Abderraouf Betbaïeb (premier conseiller aux affaires politiques).

Reste, qu’elle est – suite à son intransigeance et à son autoritarisme démesuré – à l’origine de scissions au sein du staff des collaborateurs présidentiels. Elle a pris, alors, la tête d’un clan, alors que le second a échoué à Taoufik Charfeddine, éphémère ministre de l’Intérieur du temps de l’ex-chef de gouvernement Hichem Mechichi.

Celui-ci l’a renvoyé outrageusement dans ses cordes en l’absence de K. S., en visite officielle à l’étranger. Ce qui a fortement agacé ce dernier…
S’agissant d’un rescapé de haute voltige, apprécié par le maître de céans, du fait, entre autres, qu’il a été le chef de sa campagne électorale à Sousse et dans le reste du Sahel.

Le duel entre ces deux « super-chefs » est allé crescendo au su et au vu de tous au sein du Palais et ailleurs aussi; surtout quand a sonné l’heure où le président K. S. devait choisir son nouveau Premier ministre et Chef de gouvernement.

Comme Charfeddine et Akacha postulaient, chacun de son côté, à cette haute charge, le président a préféré, alors, afin d’apaiser un tant soit peu les esprits, opter pour Bouden, une apolitique par excellence, dénichée de l’extérieur de son entourage.

A noter que certains ont accusé Akacha, à un moment donné, de faire la pluie et le beau temps au sein du Palais de Carthage, allant jusqu’à imposer ses desiderata, y compris à K. S., lui-même.

Du reste, du jamais vu depuis l’indépendance, aussi bien sous la législature de Bourguiba que celle Ben Ali ou les autres Chefs d’Etat qui leur ont succédé successivement. Aucun, parmi eux, n’a jamais, par exemple, entrepris un voyage officiel quelconque hors de Tunisie, tout en se faisant accompagner de son Chef de cabinet respectif.

En général, quand un président est absent du pays, c’est au Chef de son cabinet de rester sur place à Tunis même, afin de l’entretenir quotidiennement de la marche politique, administrative et sécuritaire de l’Etat, n’est-ce pas ? D’ailleurs, c’est l’usage général à travers le monde !

Et si Nadia, qui avait jusque-là l’oreille du président, comme on ne cesse de jaser, s’est opposée fermement à la désignation de l’ex-ministre de l’Intérieur, c’est parce qu’elle le craignait à juste titre du fait qu’il a, d’une part, l’entière confiance du président, et que, d’autre part, il dispose de dossiers brûlants sur plus d’un au sein de la sphère politique du pays.

A son tour, cela l’a poussé, alors, à agir avec force et documents à l’appui. Il présenta, parait-il, au Chef de l’Etat un rapport accablant sur le frère de Nadia Akacha, et les turpitudes de son frangin avec de hauts gradés du ministère de l’Intérieur mis à la touche depuis…

Dès lors, courroucé, K. S. aurait fait comprendre à sa haute collaboratrice – elle assistait, entre autres, à toutes les réunions y compris celles hautement confidentielles de la sécurité nationale – qu’elle en faisait vraiment trop ! Il aurait même pris l’initiative de l’ignorer fréquemment, depuis un certain temps.

Toutefois, la goutte qui aurait fait déborder le vase, c’est sa rencontre, au lendemain des manifestations du 14 janvier passé – qui ont vu les forces de l’ordre agir avec une certaine vigueur, y compris envers des journalistes parisiens – avec l’ambassadeur de France. Et cela sans mettre au courant, au préalable, le président.

Ce rendez-vous a, semble-t-il, mis hors de lui au plus haut degré K. S. Reste, qu’on ne sait nullement avec exactitude si c’était lui qui lui aurait « conseillé » de déguerpir en douce de Carthage ou si c’est elle, de son propre chef, qui aurait préféré sauver la face en démissionnant, mais avec un fracas sans pareil pour une Chef de cabinet présidentiel, tenu, habituellement, à faire preuve d’une discrétion absolue…

A croire qu’elle partageait avec lui les charges suprêmes du pays ! Par ailleurs, plus d’un observateur averti n’a manqué de relever l’insolence de sa lettre de démission. Aurait-elle agi de la sorte si elle était au service de Bourguiba ou de Ben Ali par exemple ? Certainement pas !

L’un comme l’autre l’aurait vigoureusement saquée ! Avec notre général dictateur, par exemple, il lançait toute une meute de membres de sa « Moukhabarat » pour épier, plusieurs mois durant, toute personnalité éloignée du pouvoir et établir à son compte des rapports y afférents, étant donné qu’elle pouvait disposer, ne fusse que d’une parcelle des secrets de l’Etat…

Mhamed Ben Youssef
Tunis-Hebdo du 07/02/2022

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