Dans quelles mesures la Tunisie a-t-elle besoin de Paris dans ses négociations avec le FMI ?

La visite à Tunis du directeur général du Trésor français mais également président du Club de Paris, fait polémique

La visite d’Emmanuel Moulin en Tunisie fait polémique. Le directeur général du Trésor français mais également président du Club de Paris, a effectué une visite éclair à Tunis.

A partir de là, les versions se sont multipliées sur les vraies raisons de cette « mission spéciale » effectuée en Tunisie par celui qui porte une double casquette, celle du directeur général du Trésor français et celle de président du Club de Paris.

Pourquoi cette visite fait-elle tant jaser ? Parce que le Club de Paris fait peur à la Tunisie. Cet épouvantail a déjà été évoqué en Tunisie, ce qui avait poussé (en décembre dernier) la ministre des Finances, Sihem Boughdiri et le Gouverneur de la Banque centrale, Marouane Abassi, a démentir un tel scénario.

« Hors de question d’aller au Club de Paris »

« La Tunisie n’a pas à aller au Club de Paris ». (…). « Il est hors de question d’aller au Club de Paris ». (…) « La Tunisie est toujours capable d’honorer ses engagements auprès des institutions financières », avaient-ils martelé.

La ministre insistait alors sur le fait que le gouvernement est en train de mettre en place tout un programme de réformes économiques et que des négociations sont en cours avec la Fonds monétaire international (FMI) et que tous les indicateurs sont positifs.

Le scénario du pire !

Si les hauts responsables ont écarté un tel scénario, pour Fayçal Derbel député et rapporteur de la commission des Finances le risque s’annonçait bien réel, il y a quelques semaines.

« Si la Tunisie ne parvient pas à trouver des solutions économiques et financières, elle sera contrainte d’aller au Club de Paris (…) sachant qu’il est presque impossible de solliciter l’aide du FMI vu que les réformes tardent toujours« , avait-il déclaré.

La ministre des Finances dément…

C’est pour toutes ces raisons que les rumeurs se sont multipliées en marge de cette visite. De quoi acculer la ministre des Finances dans ses derniers retranchements.

Hier soir, elle a été poussée à revenir sur la visite d’Emmanuel Moulin à Tunis, insistant sur le fait qu’il est venu en tant que directeur général du Trésor français, et niant les informations selon lesquelles il serait en Tunisie en sa qualité de président du Club de Paris.

Et d’ajouter que cette visite, programmée depuis longtemps, intervient dans le cadre de l’appui de la France pour aider le ministère des Finances dans ses concertations avec le Fonds monétaire international (FMI).

Namsia a, également, fait savoir que cette visite intervient en vue d’une assistance technique française portant sur la création d’une Agence Tunisienne du Trésor et d’une autre pour les instituions publiques.

« Cette visite s’inscrit dans le cadre d’un accompagnement technique du ministère des Finances afin de nous appuyer durant les négociations avec le Fonds monétaire international…« , a-t-elle dit alors qu’elle insistait, il y a quelques semaines, sur le fait que le gouvernement est en train de mettre en place tout un programme de réformes économiques et que des négociations sont en cours avec le FMI.

La France à sa rescousse

Pour appuyer ses propos, la Direction générale du Trésor français relevant du ministère de l’Economie, des Finances et de la relance, a publié, ce jeudi 3 février un communiqué.

« M. Emmanuel Moulin, directeur général du Trésor, s’est rendu le 31 janvier à Tunis (Tunisie) à l’invitation des autorités tunisiennes. Il était accompagné de Magali Cesana, la cheffe du service des affaires bilatérales et de l’internationalisation des entreprises du Trésor.

Cette visite s’inscrit dans le cadre des échanges réguliers entre la France et la Tunisie. Les discussions ont porté exclusivement sur les questions économiques et financières et sur le soutien de la France aux réformes envisagées par la Tunisie dans le cadre de ses négociations avec le FMI« , indique ce communiqué.

A l’heure où les négociations avec le FMI n’ont toujours pas commencé et à l’heure où les réformes qu’exige le bailleurs de fonds tardent à être lancées, Paris est venu au secours de Tunis pour préparer ces négociations.

De celles-ci, dépend le financement pour clôturer le budget de l’Etat pour l’année 2022. Dans le cas contraire, la Tunisie sera obligée de faire appel au Club de Paris et à Emmanuel Moulin.

Qu’est-ce que le Club de Paris ?

Il faut savoir que le Club de Paris est un groupe informel de créanciers publics dont le rôle est de trouver des solutions coordonnées et durables aux difficultés de paiement de pays endettés. Les créanciers du club de Paris leur accordent un allègement de dette pour les aider à rétablir leur situation financière.

Les pays créanciers se réunissent dix fois par an à Paris pour des sessions de négociations, sous la présidence du directeur de la direction générale du Trésor (DG Trésor) du ministère français de l’Économie et des Finances.

Les 19 membres permanents du Club de Paris sont des créanciers publics qui détiennent d’importantes créances sur plusieurs pays débiteurs dans le monde, et qui acceptent les principes et règles de ce club.

Depuis sa création en 1956, 429 accords ont été conclus avec 90 pays endettés, pour un montant total de dettes traitées par les accords de 573 milliards de dollars.

Plusieurs pays sont passés par le Club de Paris dans le cadre de la résolution de leur dette. Outre le Soudan, le Club de Paris a accordé une annulation quasi totale de dette à la Côte d’Ivoire dans le cadre de l’initiative renforcée en faveur des pays pauvres très endettés.

Parmi les décisions spectaculaires, le Club de Paris a accordé, en novembre 2004, une annulation de 80% du stock de dettes dû par l’Irak, soit près de 30 milliards de dollars annulés, ainsi qu’un moratoire jusqu’en 2008.

 

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