Tunisie : La BCT a-t-elle actionné la planche à billets ?

L’économiste Ezeddine Saidane a mis en garde, ce jeudi 27 janvier 2022 contre ce qu’on appelle communément « faire tourner la planche à billets ». Selon lui, 8 milliards de dinars ont été imprimés par la Banque Centrale de Tunisie (BCT) depuis décembre 2020.

Il a averti, lors de son intervention sur les ondes de Jawhara fm, que si la BCT continue de faire marcher la planche à billets pour fournir des liquidités sans retour économique, cela entraînerait notamment une hausse de l’inflation, une baisse de la valeur du dinar.

Dans son avertissement, l’économiste a fait référence au récent rapport de la Banque mondiale, et à la mise en garde de l’agence de notation Moody’s, qui appelle la Tunisie à « diagnostiquer plus « clairement » ses sources de financement pour assurer la stabilité de sa notation souveraine ».

La Tunisie est appelée à identifier avec « plus de visibilité » et de « clarté », ses sources de financement, pour stabiliser sa note souveraine, a averti Moody’s dans sa mise en garde à la lumière de l’impossibilité, pour elle, de parvenir à un accord avec le Fonds monétaire international (FMI).

8 milliards de dinars imprimés ?!

Ezeddine Saidane révèle que la planche à billets tourne depuis décembre 2020 (2,8 milliards de dinars) et s’est poursuivie jusqu’en juillet, août et septembre 2021 puis en janvier 2022, principalement pour financer les salaires, soulignant que 8 milliards de dinars ont été imprimés à ce jour.

Il a expliqué que l’impression des billets de banque est, en fait, réalisée par des transferts virtuels au ministère des Finances, qui à son tour recourt à des emprunts à court terme auprès des banques tunisiennes avant que la BCT ne rachète les obligations financières le même jour sans la disponibilité de la liquidité réelle produite par l’économie.

Il a noté, dans ce contexte, que le pourcentage des prêts bancaires destinés à l’État s’élevait à 20%, ce qui constitue un indicateur dangereux, et rejetant la responsabilité sur la BCT, qui poursuit une « politique de déni ».

Quand la BCT tirait la sonnette d’alarme !

Retour en arrière avec ce fameux communiqué de la BCT, qui faisait part du refus de tous les bailleurs de fonds d’avancer des fonds à la Tunisie tant qu’elle est dans la situation actuelle sachant que l’Etat était appelé à collecter 8 milliards de dinars pour pouvoir faire face à ses dépenses.

Et s’il ne parvient pas à récolter ces 8 milliards de dinars, il sera contraint de recourir à la technique de la « planche à billets », c’est-à-dire à imprimer des billets et avoir le risque d’avoir une inflation galopante.

Par ailleurs, une nouvelle dégradation de la notation souveraine de la Tunisie serait désastreuse. En devenant un pays à risque, plus aucun bailleur de fonds ne voudra lui prêter de l’argent et quand bien même ceux qui accepteraient le feraient à des taux d’intérêts usuriers.

Hyperinflation

En l’absence d’alternative extérieure, la planche à billets devient ainsi la seule solution. Avec un déficit budgétaire élevé, que l’État ne parvient pas à financer autrement qu’en créant de la monnaie, cet accroissement de la masse monétaire conduit à une hausse des prix vertigineuse, l’hyperinflation.

L’hyperinflation naît généralement d’une spirale qui va en se renforçant : la hausse des prix conduit à des hausses de salaires, qui poussent à leur tour les prix à la hausse. Cette situation pénalise l’économie dans son ensemble, rendant l’équilibre des comptes publics plus difficile, et donc une nouvelle création de monnaie pour combler les déficits publics.

Au final, tout excès dans l’exploitation de la planche à billets sera synonyme de suicide économique, car une hyperinflation, comme c’est le cas en Turquie et au Venezuela, aurait des conséquences fâcheuses sur la valeur du dinar, sans oublier, par ailleurs, ce qu’entraînerait une dévaluation de la note souveraine de la Tunisie par les agences de notation aux yeux des bailleurs de fonds, le FMI et la BM en particulier.

Lorsque la création monétaire n’est pas accompagnée par une création de la valeur ajoutée, le résultat sera une hyperinflation qui emportera tout sur son chemin. Et une fois que la spirale hyperinflationniste est lancée, elle devient très difficile à arrêter. En effet, si tous les agents économiques anticipent une envolée des prix, ils adaptent leurs comportements en conséquence, et la hausse se poursuit.

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