Hommage : Sacré Zine, nous t’aimions tant

Zine El Abidine Ben Aissa nous a quittés hier soir et sera enterré aujourd’hui au cimetière du Jellaz à Tunis.

Professeur émérite, il a marqué de son empreinte l’enseignement de la grammaire et de la syntaxe à l’université tunisienne où il enseignait la langue française.

Ami des oiseaux et du parc du Belvédère, il a défriché le monde de l’ornithologie et savait comme nul autre, savourer un battement d’ailes ou encore admirer les racines profondes d’un arbre centenaire.

Zine comme nous le nommions affectueusement, c’est tant d’autres coups de coeur. Les passions, il les brassait à la pelle et se faisait un devoir de les partager : bandes dessinées, chansons de Brel, Ferrat ou Nougaro, Jazz des sixties et films de répertoire. Zine respirait son siècle dans la joie de Vian, le doute de Sartre et le soleil de Camus.

Pour moi, il fut un mentor et peut-être que l’image qui m’habite depuis quelques heures, sera-t-elle à la mesure de sa générosité. Nous étions lycéens et Zine était l’unique à avoir osé un burnous au lycée Carnot. Par temps de pluie, lorsque nous le croisions sur le chemin des écoliers, il nous abritait sous sa toge et nous descendions ainsi l’Avenue.

Ce geste, je le ressens aujourd’hui, comme des plus symboliques de ce que fut Zine de son vivant : curieux, anticonformiste, riant de tout et donnant sans compter.

Il était notre aîné de quelques années et c’est vers lui que nous nous tournions pour obtenir une copie du Livre rouge de Mao ou un disque rare de Duke Ellington.

C’est aussi lui qui, avec Tassy Turn, un chien improbable entre Snoopy et Gai Luron, commentait l’actualité du lycée avec des dessins qui circulaient sous le manteau. J’ai le souvenir d’éclats de rire tonitruants lorsqu’il croquait le proviseur ou se saisissait du tic d’un professeur.

Pour moi et beaucoup d’autres, il fut un grand frère et quand il choisit l’Ecole normale supérieure, sa voie était tracée. A la fin des années soixante-dix, je l’avais de nouveau croisé à maintes reprises. Il était alors le disciple attentif du professeur Jacques Darcueil et lui rendait souvent visite à Montfleury où j’habitais.

Je me souviens aussi de sa découverte du Machreq, après un voyage en Syrie, un pays dont il avait tant apprécié les beautés insoupçonnées.

Zine, c’est aussi la littérature dans toutes ses acceptions et sans morgue savante. Lui qui dissertait sur le sens profond des mots et des phrases, savait aussi être proche des enfants. Pour eux, il écrivait des histoires et des chansons avec la joie chevillée à l’âme. Un peu comme s’il n’avait de cesse de cultiver son jardin secret qui avait au moins la dimension du plus grand parc de Tunis.

Comment oublier la médina arpentée avec Zine, du souk jusqu’à la rue Achour et l’impasse Catherine où il a habité à quelques encablures des Marzouki, ses cousins ? Comment ne pas évoquer nos rituels de potaches et petits et grands duduches aux portes du lycée ?

Zine avait tant de frères siamois qui se découvrent aujourd’hui orphelins. Altruiste, toujours disponible et pétillant, avec ses grands chapeaux et sa faconde, il était un passant céleste, un peu comme le vagabond de Kerouac ou le Julien de Stendhal.

Aujourd’hui, il nous manque terriblement et, malgré notre optimisme, la vie nous l’a arraché trop tôt. Assurément, il va se faire marrer les anges et continuer à veiller sur nous tous. Adieu l’ami!

Toutes mes condoléances à son épouse et ses enfants, à sa famille élargie, à ses collègues et amis, à toutes celles et tous ceux qui l’ont aimé et admiré.

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