La postérité cinématographique de Taoufik Erraies

Mardi dernier, la Cinémathèque tunisienne que dirige Tarek Ben Chaabane a organisé un hommage à Taoufik Erraies.

Ce cinéaste disparu il y a cinq ans, a réalisé peu de films mais chacune de ses œuvres est une pépite véritable.

Taoufik Erraies fut un ami et nous avons partagé tant de rêves jusqu’à sa disparition brutale le 11 octobre 2016. Né en 1954, il n’était ni âgé ni malade, roulait en VW Coccinelle, prenait son café à l’Univers, avait ses quartiers au Bardo et aimait le cinéma.

Photographe, il a laissé des milliers de clichés. Calligraphe, il a patiemment écrit avec son calame, de nombreux livres de poésie. Il aurait pu copier un Coran, tant il était adroit, méticuleux et dévoué à son art.

Tant de fois, nous avons parlé de Djerba, matrice de son cinéma. Taoufik Erraies rêvait de réaliser quatre films, chacun relatant une saison djerbienne. Souvent, les idées fusaient lors de nos longues conversations et parmi elles celles d’une saison juive, entre les deux haras et les nombreuses diasporas.

Ce rêve interrompu pourrait se réaliser un jour en hommage à Taoufik Erraies. Grâce à son frère, Mohamed Erraies, plusieurs ébauches restent disponibles et pourraient servir de plateforme de départ à un ou une jeune cinéaste. Ce serait simplement merveilleux.

Hier, après une conversation avec Mohamed Erraies, j’ai reçu une photo de l’inénarrable véhicule jaune de mon regretté ami.

Quelle incroyable bouffée de nostalgie qui m’a renvoyé aux artères que nous avons sillonnées et aux preux Beatles dans le vent que nous croyions être.

Il y a eu aussi l’oxygène des trois films projetés grâce à Tarek Ben Chaabane et son équipe. J’ai retrouvé « El Borgaa » sans une ride et me suis délecté de « Borj el hout », adapté d’une nouvelle de Ridha Kefi. On voit dans cette fiction une sublime Hassiba Rochdi, une énigmatique Amel Safta et un Béchir Drissi très expressif.

Quant à « El Borgaa », c’est une fable visuelle dans le style de Rohmer ou Jankso qui interroge la tradition du voile sans qu’un seul mot ne soit prononcé. Ce rêve éveillé se termine dans le tumulte de la mer après une plongée dans l’univers de Tezdaine et les singularités de celui de Arkou. Ce film inaugural par delà son esthétique et ses significations résonne aussi comme une madeleine djerbienne.

La postérité de Taoufik Erraies est aussi représentée par ses photos qui se comptent par milliers et mériteraient une exposition rétrospective. À la famille de cet artiste et à ses nombreux amis de concevoir un nouvel hommage qui puisse être à la mesure de l’oeuvre de Taoufik Erraies.

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