Sommet de la Francophonie : Quelques vérités sur un report

Le report d’une nouvelle année du Sommet de la Francophonie de Djerba se présente au fond comme une opportunité qu’il faut savoir saisir.

Il ne s’agit ni d’un camouflet pour la Tunisie ni d’une quelconque mesure punitive. C’est plutôt dans l’ordre du constat objectif, technique et politique que cette décision qui permet à la Tunisie de reculer pour mieux sauter, a été prise.

Sans verser dans le fatalisme, la pandémie du coronavirus aurait pu s’en mêler en toute dernière minute et faire capoter tout l’échafaudage. Cela, il aurait alors fallu s’y résigner comme pour un décret implacable.

Pris dans l’urgence, ce report à 2022 constitue une nouvelle chance pour Djerba et a probablement permis d’éviter que le sommet ne soit qu’une simple formalité.
Quelques points permettent de prendre la juste mesure de cette décision et mieux en comprendre les enjeux.

En premier lieu, sur les 80 pays que compte la Francophonie multilatérale, seuls une vingtaine avaient confirmé leur participation. Et sur cette vingtaine, seulement une quinzaine devaient être représentés au plus haut niveau c’est à dire par un chef d’État ou de gouvernement ou encore un ministre de la Culture.

Une froide évaluation permet dès lors de constater que le sommet promettait d’être un échec dans sa substance même. Bien sûr, les nombreuses manifestations parallèles auraient pu être un succès, notamment l’animation du village francophone installé à Djerba.

Toutefois, cela n’aurait pas suffi à conjurer l’échec politique annoncé de ce sommet du cinquantième anniversaire de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

En second lieu, ce sommet de Djerba a clairement été pris en otage par la politique. En 2020, les choses étaient différentes et elles le seront en 2022. Pourquoi? Parce que 2021 est à la charnière d’une année électorale que ce soit en Tunisie ou bien en France.

De plus, les observateurs ont constaté que l’OIF s’était abstenue de toute prise de position – malgré les recommandations de certains de ses membres influents – concernant le processus né le 25 juillet en Tunisie. Les tiraillements quant à cette position pragmatique sont entre temps devenus plus nombreux et pressants. Ce qui risquait de politiser le sommet en fonction d’enjeux politiques locaux. L’OIF a certainement voulu éviter pareilles éventualités.

En troisième lieu, il est vrai que toutes les infrastructures ne sont pas prêtes à près d’un mois de l’échéance. Pourtant, l’achèvement de tous les travaux en souffrance était de l’ordre du possible. À vrai dire, il restait peu de choses à préparer et cahin-caha, la Tunisie a tenu ses promesses en matière logistique et protocolaire.

Enfin, ce report va permettre à une équipe cohérente de prendre ses responsabilités et mener à bien une mission qui avait été gérée comme une patate chaude dont avaient hérité plusieurs gouvernements successifs.

Désormais, il revient à la nouvelle équipe gouvernementale de mener à bien la préparation du dix-huitième sommet de la Francophonie, un événement qui se déroule pour la première fois dans un pays du Maghreb et que la Tunisie avait pu obtenir après une intense activité diplomatique.

Maintenant, les dés sont jetés à l’horizon 2022 et il importe en ce sens que la Tunisie ne cultive aucune ambiguïté et fasse sien ce sommet qui est aussi un hommage promis à Bourguiba, l’un des fondateurs de la Francophonie multilatérale.

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