No government, no money !

L’équilibre des finances publiques alimente actuellement le débat économique et politique en rapport avec deux dossiers urgents. Primo, l’arrivée à échéance, à fin 2021, d’une partie des emprunts intérieurs et extérieurs fait planer sur l’Etat tunisien le risque de cessation de paiement avec les conséquences qu’entraînerait un rééchelonnement de la dette sur la souveraineté de ses décisions et sa crédibilité envers ses créanciers. Secundo, la nécessité d’adopter une loi de finances complémentaire pour corriger les lacunes relevées dans le projet initial, est suspendue à l’approbation du parlement. Sauf que l’activité de ce dernier est gelée depuis le 25 juillet dernier !

Dire que la Tunisie est dans une situation de blocage politico-constitutionnel, c’est réduire à la portion congrue les conséquences économiques et les déclinaisons qui prennent forme suite à cet état de fait.

En effet, la décision du président de la République d’activer l’article 80 de la Constitution, si elle a été cautionnée unanimement le soir du 25 juillet par le peuple et la plupart des partis politiques, elle suscite, aujourd’hui, de nombreuses inquiétudes exprimées notamment par la communauté financière et économique.

Où aller chercher 19 milliards de dinars !

Il va de soi que cette inquiétude est alimentée par le retard accusé dans la nomination d’un chef de gouvernement et de l’équipe qui dirigera les affaires courantes.

Il est question de deux dossiers urgents : celui des emprunts extérieurs et intérieurs dont l’échéance de remboursement pointe à l’horizon, et celui, non moins capital, des négociations avec le FMI, à l’arrêt, faute de vis-à-vis côté tunisien. De plus, le caractère indissociable de ces deux dossiers rend encore plus urgent la prise de décision immédiate.

Par rapport au premier point, il est utile de rappeler que d’ici la fin de l’année, l’Etat tunisien est tenu de s’acquitter d’échéances de remboursement sur dette extérieure et intérieure d’un montant en principal de 7,3 milliards de dinars, dont près de 2 milliards d’emprunts extérieurs.

Concernant la dette intérieure, il s’agit de 5,3 milliards de dinars sur des tombées en bons de trésor, majoritairement à court terme (BTCT).

A cela s’ajoutent les salaires de la fonction publique. Et qui dit fonction publique dit des dépenses représentant 16,6% du PIB et 49% des dépenses du budget de l’Etat.

Bref, de septembre à décembre 2021, l’Etat est tenu de mobiliser 6,7 milliards de dinars au titre des salaires de la fonction publique, à raison de 1,6 milliard de dinars par mois. Compte non tenu des autres charges de l’Etat au titre des dépenses de fonctionnement, ceux-ci s’élevant à 5 milliards de dinars.

Récapitulons : pour donner un ordre de grandeur à ces chiffres, disons que l’Etat tunisien est tenu de trouver, d’ici la fin de l’année, la bagatelle de 19 milliards de dinars, soit 4,5 Mdt par mois, pour faire face à toutes ces dépenses.

Quand on sait que les recettes fiscales (directes et indirectes) drainent dans les caisses de l’Etat 2,4 milliards de dinars par mois, il reste un trou de 2,1 Mdt tous les mois, à chercher, nul doute, dans de nouveaux emprunts !

2 milliards de dinars providentiels !

Est-ce un signe du destin ? Qui sait ! Dans cette conjoncture de difficultés de trésorerie, la Tunisie a reçu, mardi dernier, sa quote-part d’allocation de tirages spéciaux (DTS) approuvée par le conseil des gouverneurs du FMI dans le cadre du renforcement des liquidités dans le monde.

Cette quote-part s’élève à 740 millions de dollars (environ 2 milliards de dinars). Une manne du ciel qui vient à point nommé au moment où l’Etat tunisien en a urgemment besoin.

Est-ce à dire qu’il a l’aptitude d’en faire usage qu’il veut ? Non. La Directrice générale du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva, rappelle à ce propos que « Les DTS sont une ressource précieuse et c’est à nos pays membres qu’il appartient de décider de la meilleure façon d’en faire usage.

Afin que les DTS soient utilisés pour le plus grand bénéfice des pays membres et de l’économie mondiale, ces décisions doivent être prudentes et bien éclairées ».

Et d’ajouter : « Le FMI présentera régulièrement des données actualisées sur l’ensemble des avoirs, des transactions et des échanges de DTS, y compris, dans deux ans, un rapport de suivi sur l’utilisation des DTS ».

La déclaration de la directrice du FMI est, à notre sens, un avertissement à peine voilé aux gouvernements tentés de dériver ces ressources de l’objectif pour lesquelles elles ont été allouées. Nos gouvernants sont donc avertis !

Où en est la loi de finances complémentaire ?

Au point mort, selon toute vraisemblance. Il est bon de rappeler que l’ex-ministre de l’Économie, des Finances et de l’Appui à l’investissement, Ali Kooli, s’était engagé, en décembre de l’année dernière, en contrepartie d’une validation de la LDF 2021 dans les délais, de se rattraper, au mois de mars, avec l’élaboration d’une loi de finances complémentaire qui remédierait à toutes les lacunes relevées.

Nous sommes en septembre et rien ne se profile à l’horizon. Comment pourrait-il en être autrement en l’absence de chef de gouvernement et de ministre dans chaque département.

C’est vrai que l’Administration fonctionne normalement ou presque, que les affaires courantes semblent être gérées avec la célérité requise, il est toutefois des documents importants qui ne peuvent être signés que par le premier responsable du département, car l’engageant en tant que ministre.

Les négociations avec le FMI sont bloquées pour les mêmes raisons.
Décidément, l’heure n’est plus aux tergiversations.

Chahir CHAKROUN
Tunis Hebdo du 20/09/2021

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