Tunisie : 90 mille dinars pour un diplôme d’architecte non reconnu !

Encore un dossier qui nécessite toute l’attention car il touche à l’avenir de nos bacheliers, mais aussi à la mauvaise organisation de tout un secteur.

Le prestigieux diplôme national d’architecte est délivré principalement par la très connue École nationale d’architecture et d’urbanisme (ENAU), un établissement universitaire tunisien situé à Sidi Bou Saïd et rattaché à l’université de Carthage. L’institution est régie par le décret n°95-2605 du 25 décembre 1995, fixant le cadre général du régime des études et les conditions d’obtention du diplôme national de premier cycle d’études d’architecture et du diplôme national d’architecte. Les enseignements qui y sont délivrés sont réglementés par les Arrêtés du Ministre de l’enseignement supérieur du 19 mars 1996 et du 7 avril 1997.

En 1998 le secteur privé entre en scène par le biais de l’Université Tunis Carthage qui devient la première école privée d’Architecture et de Design en Tunisie. Le diplôme accordé par l’UTC était, au début, reconnu par le Ministère de l’Enseignement Supérieur et par l’Ordre National des Architectes. Il était également reconnu à l’échelle internationale.

Sauf que depuis, les choses ont changé. Plusieurs autres écoles et universités privées ont commencé à délivrer ce diplôme et les dépassements sont devenus nombreux, ce qui a considérablement nui à l’image mais aussi au statut d’architecte tunisien. Niveau d’étude, qualité des programmes d’enseignement, cadre enseignant et même soupçons de corruption, les lacunes frappent le secteur de plein fouet. Chose qui a contraint l’ordre nationale des architectes de Tunisie (OAT) à serrer la vis et à recommander une nouvelle évaluation et remise à niveau de certaines écoles privées délivrant ce diplôme, l’ordre a, donc, décidé de ne plus reconnaître les diplômes délivrés d’architecte dont celui de l’UTC.

Convention non respectée

Au fait, pour pouvoir reconnaître ce diplôme délivrée par l’Université en question mais aussi par les autres acteurs du secteur privé, l’OAT a signé une convention avec cet établissement privé pour durcir les conditions d’admission. Sauf que cette convention signée depuis 2016 n’a pas été respectée, le diplôme délivré n’étant toujours pas reconnu.

Au fait, ce qui dérange le plus l’ordre, c’est notamment la qualité du diplôme délivré. D’ailleurs, dans un communiqué publié dernièrement, on annonce que l’ordre n’assume aucune responsabilité dans cette situation de blocage, d’autant plus que ces universités continuent à inscrire les nouveaux bacheliers d’où le problème. Sachant que leurs diplômes qui coûtent les yeux de la tête aux étudiants et à leurs familles ne sont pas reconnus, ces établissements continuent à recruter de nouveaux bacheliers.

L’ordre rappelle également que pour pouvoir exercer et afin d’avoir le statut légal, il est indispensable d’avoir son inscription sur la liste des architectes nationaux mise à jour régulièrement par cet organe. Résultat : les diplômes d’architecte de toutes les universités privées ne sont pas reconnus par l’ordre qui réclame une équivalence avec le diplôme délivré par l’ENAU.

Architecte avec sursis !

Entretemps, c’est l’avenir de centaines d’étudiants qui est suspendu. Fatma J. étudiante ayant obtenu son diplôme d’architecte auprès de l’UTC se trouve dans cette situation. Après un investissement d’environ 90 mille (15 mille dinars chaque année d’étude, pendant six ans) dinars et des années d’études, elle se retrouve dans cette situation extrêmement compliquée : être architecte avec sursis. « Imaginez qu’après six ans d’études et après 60 mille dinars investis, l’ordre des architectes refuse de reconnaître mon diplôme, c’est détruisant », témoigne-t-elle.

Nada G. est également dans la même situation, elle se bat quotidiennement pour avoir une réponse claire et nette auprès du ministère de l’Enseignement supérieur, sauf que le ministère s’est désengagé de toute responsabilité dans cette affaire.

Contacté, le ministère de l’Enseignement supérieur a affirmé qu’il se penche sur cette question, ajoutant qu’une équivalence avec le diplôme national est requise pour les étudiants diplômés des universités privées d’architecture.

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