Vers la rectification des ambiguïtés de la Constitution

Kais Saied est non seulement le président de la République mais aussi le Chef de l’État. Et justement, beaucoup de Tunisiens s’inquiètent depuis plusieurs années quant au délitement progressif de l’État.

A ce titre, la démarche de Kais Saied consiste aussi en une opération de sauvetage de l’État, malmené par la paralysie et l’incohérence des institutions.

Le sursaut républicain initié dans la nuit du 25 juillet opère un début de réajustement des prérogatives de chaque haut magistrat du pouvoir exécutif.

Ce réajustement est en train de se faire en faveur du président de la République. Et cela semble tout à fait logique.

N’oublions pas que Kais Saied est élu (et bien élu) au suffrage universel et que cela lui confère une légitimité indiscutable.

De fait, ce qui s’est passé dimanche est le début de la rectification des ambiguïtés de la Constitution de 2014. Ce texte né d’un étrange compromis fait élire le président de la République au suffrage universel puis le ligote en le confinant dans son palais.

Choix absurde qui a montré ses limites depuis l’élection de BCE et paralysé l’État alors que les islamistes d’Ennahdha dépeçaient le pays et instituaient la connivence en mode de gouvernement.

Ce qui s’est passé dimanche dernier aurait pu être qualifié de coup d’État si Kais Saied avait été nommé président par le Parlement, comme le ci-devant Moncef Marzouki, et qu’il s’était octroyé les pleins pouvoirs contre ceux qui l’avaient élu.

Incontestablement, Kais Saied a tiré les conséquences des blocages persistants et des dérives actuelles, pour agir au nom du peuple tunisien et des électeurs roulés dans la farine par les partis Ennahdha et Qalb Tounes notamment.

Comment qualifier l’alliance de ces deux formations qui, durant la campagne électorale, étaient férocement opposées ? Comment qualifier le jeu trouble de Hichem Méchichi ? N’est-ce pas là tordre le cou au contrat civique et à l’esprit de la Constitution ?

Ces manœuvres scélérates ont fait perdre une grande part de leur légitimité électorale aux islamistes d’Ennahdha qui ont fait l’erreur politique d’utiliser la Constitution comme un bouclier qui masquerait leurs agissements, leur laissant les mains libres pour mettre la Tunisie à genoux.

Et de toutes les manières, en l’absence de Cour constitutionnelle, le président de la République a aussi le statut de magistrat suprême de l’édifice institutionnel et, en ce sens, a bel et bien agi dans le cadre de ses prérogatives en interprétant l’article 80.

Sans doute, les prochaines semaines vont-elles être décisives pour le début du processus de remise à plat de certains aspects d’une constitution qui n’est pas gravée dans le marbre. Et c’est tant mieux pour une Tunisie prise en otage par une Loi fondamentale qui paralyse l’État au profit d’un parti.

Commentaires:

Commentez...