A. Cherif (Professionnel du tourisme) : « Nous avons tiré un trait sur la saison depuis janvier »

* « Le tourisme n’est pas la priorité du gouvernement »

* « Le quota des transferts au titre des frais de voyages fixé par la BCT aux agences est dérisoire »

* « Les indemnisations des hôteliers en lien avec la faillite de Thomas Cook sont irrécupérables »

Comment se porte le secteur des agences de voyages, à quel point la pandémie a-t-elle affecté leur chiffre d’affaires et y a-t-il à espérer un regain de leur activité au fur et à mesure que le taux de vaccination de la population s’améliore ? Où en est la saison touristique, le tourisme a-t-il bénéficié de la part du gouvernement des moyens auxquels il devait aspirer en rapport avec sa contribution dans le PIB et son taux d’intégration dans l’économie ? Akram Cherif, un professionnel du tourisme, nous livre ses impressions.

« Nous avons tiré un trait sur la saison depuis janvier-février » ! Cette métaphore utilisée par Akram Cherif résume, parfaitement, la détresse des gens du secteur et sonne comme un désaveu par rapport à l’action gouvernementale : « Le secteur du tourisme n’est pas une priorité pour le gouvernement, c’est le cas de le dire et c’est malheureux.

Si l’on en tient à sa contribution dans le PIB du pays, au nombre d’emplois directs et indirects qu’il génère et à son taux d’intégration économique, le tourisme aurait dû être placé au sommet des priorités du gouvernement et mériterait même d’être élevé au rang de ministère régalien.

Malheureusement, c’est à un total désintéressement des gens au pouvoir auquel nous avons eu droit. Aucune décision concrète n’est venue débarrasser la brume qui entrave notre vision. Le soutien financier est presque inexistant, les 200 dinars d’allocations promises par le gouvernement n’ont pas profité à tous les employés du secteur ».

Les agences de voyages agonisent !

Comment se porte le secteur des agences de voyages ? Notre interlocuteur est sceptique : « Il vit des jours difficiles, il est pratiquement en situation de mort clinique. Les réceptifs, autrement dit les acteurs qui assurent l’organisation d’une prestation touristique (hébergement, transport, activité) sur le marché national local, sont au bord du gouffre. Ils sont dans l’incapacité d’amortir le lourd investissement que nécessite leur activité (parc roulant, personnel commercial, administratif, etc.).

Du coup, de nombreuses agences ont mis la clé sous le paillasson. La situation des 20 mille employés du secteur reste suspendue à un regain de l’activité touristique qui est, pour l’heure, compromise.

Plusieurs agences de voyages organisant habituellement le pèlerinage à La Mecque (Omra) sont à l’arrêt suite à la pandémie. Les agences qui font de l’out-going résistent, certes, à la crise mais ne travaillent qu’à 20% de leur capacité, essentiellement vers des destinations telles que la Turquie et l’Egypte.

Celles opérant sur le marché intérieur et qui sont connectées à un central de réservation sont suspendues à la clientèle du week-end. De plus, aux prix affichés actuellement ça ne se bouscule pas au portillon ».

L’horizon est sombre !

« Le quota des transferts au titre des frais de voyages fixé par la BCT aux agences est dérisoire ». C’est un point sur lequel insiste Akram Cherif qui trouve que 20 millions de dinars est un plafond qui ne répond pas aux attentes. La BCT devrait augmenter ce quota afin que les agences de voyages puissent réaliser plus de transactions avec l’extérieur et drainer plus de devises. Le tourisme demeure la locomotive de l’économie, malheureusement les gens au pouvoir ne suivent pas».

Est-ce à dire que c’est cuit pour la saison actuelle ? « Pas l’ombre d’un doute, surtout avec la crise sanitaire qui nous frappe de plein fouet. A ce sujet, je tiens à vous rappeler qu’en février 2020 j’avais insisté, à travers votre journal, sur la nécessité que l’Etat proclame l’île de Djerba zone Covid free. Si les responsables avaient pris en compte cette proposition, on aurait sauvé 80% de la saison actuelle !

Maintenant, le mal est fait. Il faut sauver ce qui peut l’être du reste de la saison et surtout arrêtons de diaboliser les hôteliers et de les considérer comme étant des gens opportunistes. Ils sont victimes du manque de réactivité de tous les gouvernements qui se sont succédé au pouvoir. Ne les accablons pas davantage. La faillite de Thomas Cook les a déjà pénalisés, les indemnisations auxquelles ils aspiraient sont irrécupérables ».

Chahir CHAKROUN
Tunis-Hebdo du 28/06/2021

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