Dès juillet, levée des subventions sur les matières de base : Ça va barder !

Le FMI a frappé du poing sur la table. Pas de programme d’aide en faveur de la Tunisie si le gouvernement n’entame pas le plan de réformes qu’il lui a recommandé. Dos au mur, Méchichi courbe l’échine et cède. Quand bien même douloureuses et venant dans un contexte social critique, les réformes seront appliquées à la lettre. Comment pouvait-il en être autrement lorsque les caisses de l’Etat sont vides et que les salaires des fonctionnaires risquent de faire défaut !

Ça y est, l’heure des décisions douloureuses a sonné. Longtemps « sacrifiées » sur l’autel de la crise sociale et sanitaire, les réformes économiques, recommandées par le FMI, vont devoir être menées tambour battant, dans les jours et les mois qui viennent, pour rattraper, autant que faire se peut, le temps perdu.

De quelles réformes est-il question ?

Nous avons évoqué dans de précédents articles que pour s’extirper le pays de la situation de faillite qui pèse sur le pays, le gouvernement n’a d’autre alternative que de passer par le FMI afin de s’ouvrir d’autres canaux de financement. Aujourd’hui, on s’est rendu à l’évidence : l’application des réformes, malgré leur caractère douloureux et les conséquences qui peuvent s’ensuivre, est incontournable.

Quelles sont ces réformes économiques que l’actuel gouvernement et ceux qui l’ont précédé n’ont pas voulu entamer, redoutant, à bien des égards, la réaction de l’UGTT et l’imposant contingent des travailleurs qui lui sont acquis ? En fait, c’est un secret de polichinelle : il s’agit, en premier lieu, de la masse salariale des fonctionnaires publics dont le rapport avec le PIB culmine à un taux de 15%, au-dessus des normes internationales qui s’établissent entre 12 et 13%.

Est-il besoin de rappeler qu’à eux seuls, les salaires de la fonction publique ensevelissent près de 40% du Budget de l’Etat en dépit d’une qualité de services peu performante ?

Au second lieu des réformes, il y a la délicate question de la levée des subventions sur les matières de base à laquelle le FMI tient mordicus.

Sept entreprises publiques dans le collimateur

En ce qui concerne la première réforme, les pourparlers ont commencé depuis mardi dernier, 31 mars. En effet, sept entreprises publiques ont fait l’objet d’une déclaration commune entre le Chef de gouvernement H.M et le SG de l’UGTT, Noureddine Taboubi sur la base de laquelle les deux parties vont se concerter sur les moyens de les sortir de la crise financière qu’elles endurent. Les entreprises publiques concernées par les réformes sont Tunisair, El Fouladh, la STAM, l’Office des terres domaniales, la Pharmacie centrale, SIPHAT et la STEG.

En quoi consisteraient ces réformes ? Bien que rien n’ait filtré de cette réunion, il est toutefois établi que la marge de manœuvre du gouvernement est réduite. La cession de ces entreprises étant une ligne rouge, comme le répète à satiété la Centrale syndicale, la seule issue plausible qui puisse donner un élan à ces sociétés est que l’Etat injecte de l’argent dans leur trésorerie tout en négociant un plan social pour réduire la masse salariale desdites entreprises.

Il se peut également que l’UGTT concède que des partenaires locaux ou étrangers s’associent à ces entreprises avec la condition que l’Etat tunisien reste majoritaire dans le capital. Là aussi, les négociations risquent d’être longues et difficiles.

Vers la suspension de la Caisse de compensation !

La question cruciale qui risque, à notre avis, de soulever un tollé est celle relative à la levée des subventions appliquées sur les matières de première nécessité. Et celle-là risque de faire tache d’huile surtout que cette réforme, en particulier, peut entraîner des conséquences fâcheuses quant à la paix sociale.

Etant dos au mur, le gouvernement a cédé également sur ce point. On lui prête l’intention de lever graduellement les subventions sur les matières premières à partir de ce mois de juillet. Eh oui, dans deux mois (heureusement que Ramadan n’y est pas inclus), les Tunisiens paieront plus cher les matières de base, et ce n’est pas un poisson d’avril.

Pour l’heure, l’on ne sait pas encore de combien seront majorées le grand pain 400 g, la baguette 220 g, les pâtes 1 kg, le couscous 1 kg, la semoule 1 kg, le lait 1 litre, l’huile végétale 1 litre et le sucre 1 kg qui sont les produits alimentaires subventionnés par l’Etat.

Tout ce que l’on sait, c’est que les majorations se feront progressivement, selon une « feuille de route » établie par le FMI (les nôtres étant incapables d’en concevoir une) et partant du fait que la levée des subventions se fera, par étape, tous les six mois. D’ores et déjà, près de 300 millions de dollars sont débloqués pour aider 1 million de familles pauvres à compenser la prochaine augmentation des prix des matières de base.

Nous aimerons voir comment les 4 ou 5 millions de familles, supposés aisées aux yeux de l’Etat, vont-elles réagir à cette nouvelle donne ?

Chahir CHAKROUN
Tunis-Hebdo du 05/04/2021

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