Mohamed Hédi Chérif n’est plus : Un grand spécialiste de la Tunisie husseinite

Âgé de 89 ans, Mohamed Hédi Chérif vient de s’éteindre après un parcours de vie remarquable, placé sous les signes conjugués de la générosité, l’altruisme et l’engagement.

Professeur émérite à l’université tunisienne, le regretté a enseigné l’histoire à plusieurs générations d’étudiants et poursuivi de nombreuses recherches sur l’histoire moderne de la Tunisie. Ancien doyen de la Faculté des lettres et des sciences humaines de Tunis, Mohamed Hédi Chérif est l’auteur de très nombreux ouvrages ayant pour thème l’histoire de la Tunisie.

Homme très ouvert et par vocation, disponible pour ceux qui s’adressaient à lui, le professeur Chérif a cultivé la proximité avec ses étudiants et tous les chercheurs. Je lui dois personnellement beaucoup et ai pu énormément apprendre de lui et de cet autre monument que fut Béchir Tlili, parti trop tôt, au début des années 1980.

En deux tomes très documentés, Mohamed Hédi Chérif a relaté tous les détails de la genèse de la dynastie husseinite. Intitulé « Pouvoir et société dans la Tunisie de Hussein Ben Ali », son maître-ouvrage couvre la période de fondation de la dynastie beylicale, de 1705 à 1740. Livre essentiel pour comprendre les articulations entre pouvoir ottoman et ferments de l’État national tunisien, cet ouvrage de Mohamed Hédi Chérif compte parmi les incontournables de la bibliothèque tunisienne.

Chercheur prolifique, Chérif a aussi été un encadreur-modèle, attentif à chaque détail et toujours enthousiaste lorsqu’il vous dirigeait vers un document inédit ou une monographie oubliée. Je garde de l’homme le souvenir d’un militant qui parvenait à être conciliant sans transiger sur les principes. Tourné vers l’efficacité, il a toujours préféré les combats de fond à l’agitation, la discrétion à la notoriété.

Assurément, le professeur Chérif fut un grand homme, un repère souvent sollicité par le pouvoir mais qui a cultivé une distance critique et une indépendance intacte. En retrait depuis quelques années, il demeurera avec les Abdesslem, Tlili, Kassab, Sethom, Sebagh, Bouhdiba et consorts, l’un des maîtres de l’enseignement des sciences humaines en Tunisie.

C’est avec la reconnaissance du disciple que je m’incline devant notre maître dont je ne fus pas l’étudiant mais qui m’a tant appris. Enseigner et partager furent ses sacerdoces.

Paix à son âme et toutes nos condoléances à celles et ceux qui continueront à l’aimer et l’admirer.

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