Femmes agricoles, je vous hais !

Je vous hais ! Car vous dérangez les responsables qui sont toujours dans les bras de Morphée. Car vous dénudez les députés et les politiciens hypocrites qui tirent parti de votre drame, à chaque accident mortel survenu, pour nous jeter de la poudre aux yeux.

Car vous prouvez à chaque fois que la traite humaine existe dans notre Tunisie « révolutionniste ». Votre vie, mesdames, ne compte pas plus que quatre roues explosables n’importe où et n’importe comment.

Bilan des courses

Sept ouvrières ont été blessées, le 8 mai dernier, dans un accident survenu au niveau de la localité de Gouadria dans la délégation de Regueb (Sidi Bouzid). Un mois après, Sidi Bouzid connaît un autre accident où 11 ouvrières agricoles âgées de 30 à 69 ans ont été blessées.

Une collision entre deux camions au bord de la route de Oueslatia à Kairouan, a entraîné, le 16 juin dernier, la blessure de 13 ouvrières. Une énième collision entre un camion et un véhicule transportant des ouvrières agricoles a eu lieu, jeudi 10 décembre, à Menzel Chaker à Sfax, faisant au moins deux morts.

Mais, ironie du sort, ces véhicules de la mort sèment parfois la vie. Le 9 juillet 2020, Mabrouka, une des soldats des champs agricoles de la délégation de Bouhajla (Kairouan) était sur le chemin de retour, quand elle a perdu soudainement les eaux, suite à un coup de frein. Elle a donné naissance à un garçon, dans la camionnette au milieu de 30 autres femmes.

Des crimes d’Etat qui n’en finissent pas ! Et ce sont toujours les mêmes femmes qui paient la lâcheté et l’avidité de nos irresponsables et leurs politiques de marginalisation des ouvrières agricoles, sans le moindre souci de leur vie.

Des ministres au sinistre

Trois gouvernements se sont succédé depuis 2019 sans que les conditions de ces damnées de la terre ne changent d’un iota. Et ce, malgré l’arsenal juridique et les batteries de lois accumulées en leur faveur, dont la loi n°51 de 2019 relative à la création d’une catégorie de transport des travailleurs agricoles pour mettre fin à ces drames routiers.

Une loi qui, bien évidemment, reste de l’encre sur papier d’autant plus que les ministères du Transport, de l’Intérieur ainsi que de la Femme se dérobent à leur responsabilité.

Entre-temps, ces femmes, destinées au dur labeur, bravent chaque année le froid glacial de l’hiver et la chaleur torride de l’été. Elles s’entassent chaque jour dans les camionnettes de la mort, la peur chevillée au ventre et le risque grandissant d’un accident mortel qui laissera derrière elles des bouches à nourrir.

Elles subissent les diktats de leurs employeurs et travaillent, sans protection, assurance, couverture sociale ni droit aux soins médicaux, pendant plus de 15 heures par jour pour un salaire de misère (entre 8 et 12Dt la journée) et moins cher que les hommes. De l’authentique esclavage moderne!

Que cette année vous soit plus digne. Meilleurs vœux mesdames !

Jihene SALHI
Tunis-Hebdo du 04/01/2021

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