Immersion dans le Classico EST-ESS

Les choses vont très vite en football. La sérénité qui a accompagné l’arrivée de Vieira sur le banc étoilé s’est transformée, vendredi, en inquiétude après la piètre prestation fournie au classico. Côté « sang et or », les doutes, alimentés par le rendement mi-figue mi-raisin des poulains de Chaâbani, en début de saison, sont dissipés après une rencontre qu’ils ont, confortablement, contrôlée.

Quels enseignements peut-on tirer du classico du championnat si ce n’est qu’il a été à sens unique en faveur de l’EST, qui a dominé son rival étoilé de la tête et des jambes. Une victoire qui conforte, par la même occasion, le coach espérantiste dans ses choix après les critiques virulents qui lui ont été adressées depuis le début de saison.

A propos de tête justement, osons dire que hormis celle de Mortadha Ben Ouannes en début de rencontre, sur laquelle il a failli ouvrir le score, on s’est rendu à l’évidence, après le match, que le contingent étoilé s’est déplacé finalement à Radès pour remplir une mission de la paix : aucune hostilité, pas de velléités offensives, encore moins des représailles après le but de l’EST. Preuve s’il en est que l’équipe sahélienne est passée à côté de l’événement, et son coach, le Brésilien Vieira, a perdu, lamentablement, son duel face à son alter ego « sang et or ».

Une Etoile sans personnalité !

A tout seigneur, tout honneur, dit l’expression. Contrairement à l’usage et pour des raisons d’enchaînements d’idées, qui ont gravement manqué aux Etoilés, nous allons commencer par voir ce qui n’a pas marché chez les vaincus. Nous consacrerons la deuxième partie de l’article à l’Espérance et surtout à son entraîneur, Chaâbani, qui a admirablement mené ses poulains vers une victoire qui ne souffre aucune contestation.

A vrai dire, les fans étoilés attendaient monts et merveilles de ce duel au sommet, enthousiastes à l’idée de voir leur équipe battre le leader de la compétition et lui ravir la première place. Fatalement, leur déception était à la hauteur des grands espoirs qu’ils ont placés dans leurs joueurs.

Il suffit de lire les commentaires des supporteurs sur les pages facebook du club pour se rendre compte de l’état de désillusion et de frustration, compréhensibles à bien des égards.

Commençons par le début pour dire que le dispositif étoilé était défaillant dès le départ et cela s’est vérifié, au fur et à mesure, que les minutes s’égrènent. Vieira a disposé son équipe dans une configuration en 4-3-3 qui se transforme en 4-5-1 quand l’EST est en possession de la balle. Quoi de plus normal quand vous jouez contre une équipe qui possède un bagage technique indéniable.

A notre avis, c’est plutôt au niveau des choix des joueurs que l’entraîneur a failli. Commencer le match avec à la fois Lahmar, Chikhaoui et Gonzales est une erreur de gestion que le Brésilien n’aurait pas dû commettre. Au lieu de se compléter, ce trio s’est empiété. Placés nominalement sur les couloirs, Chikhaoui et Gonzales ont, par instinct, piqué vers le centre ce qui a rendu difficile la reconversion offensive.

Il est évident que titulariser trois éléments qui jouent pratiquement dans le même registre est une erreur fatale et Vieira aurait dû s’en rendre compte et procéder aux changements au retour des vestiaires. Avait-il la profondeur du banc pour ? En tout état de cause, la rentrée d’un troisième joueur récupérateur s’imposait d’autant que l’Espérance a gagné physiquement et techniquement tous les duels.

Quand vous n’avez pas des joueurs de couloir rapides, quand vos défenseurs sont incapables de sortir proprement le ballon et que la transition se fait manquer, il est évident que la balle n’arrive pas à l’attaquant Zerdoum, bizarrement esseulé au milieu de quatre défenseurs espérantistes.

D’aucuns diront que l’Etoile déplorait l’absence de Ben Amor ou encore Baâyou. Admettons que cela est vrai. Reste qu’avec ce même dispositif, aussi bien Ben Amor que Baâyou vont se perdre, comme leurs coéquipiers, dans des courses interminables derrière le ballon qui finiront par les user. L’Etoile n’avait pas vendredi les joueurs pour battre l’EST.

Avec la rentrée prochaine de Souma sur le couloir gauche, il y a à espérer que Vieira arrive à mieux équilibrer son dispositif, en attendant le recrutement d’un véritable ailier droit et d’un autre attaquant de pointe en lieu et place de Coulibaly qui a démontré ses limites.

L’Espérance, la force tranquille

Indépendamment de la valeur intrinsèque de l’Espérance, nous osons dire que la victoire de vendredi est à mettre à l’actif de son coach Mouine Chaâbani. En donnant des instructions à ses attaquants et à ses milieux de terrain de presser haut, il a pratiquement annihilé toute velléité de manœuvre adverse.

Ni Ben Azira, encore moins Harabi et Ben Ouannès, ne sont arrivés à transiter avec leurs coéquipiers du milieu, donnant libre voie au trio Coulibaly, Chaâlali et Ben Romdhane, en position nettement avancée, de quadriller le terrain et de faire main basse sur le ballon.

De plus, quand les solutions viennent à manquer faute d’espaces, l’Espérance a trouvé son salut sur le couloir gauche ou le duo Chetti-El Houni en a fait voir de toutes les couleurs au pauvre Kechrida qui s’est contenté, la plupart du temps, à défendre.

Sur le couloir droit, Nagguez et Marzouki ont rempli correctement leur tâche, sans fioritures, sommes-nous tentés de dire. En plus de leur travail offensif, ils ont pratiquement fixé Ben Ouannès dans sa zone privant l’ESS d’une solution de soutien.

En défense, la paire Yaâcoubi-Bedrane est sortie à son avantage où elle a été rarement mise à contribution. Mention spéciale à Ben Chrifia qui s’est interposé à la seule tentative de l’Etoile et surtout à Ben Romdhane que nous découvrons dans un autre registre qui sied mieux à son potentiel. N’oublions pas enfin le travail de sape entrepris par Khenissi, devant, et Chaâlali, au four et au moulin…

Chahir CHAKROUN
Tunis-Hebdo du 04/01/2021

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