Mon pedigree est une certitude de diversité

« Lady Elyssa » par Olga Malakhova

Il est né à San Francisco d’un père japonais et d’une mère franco-tunisienne, elle-même née à la Martinique d’un père à la peau noire ébène.

Tu es de confession bahaie malgré un père juif du Kef et une mère grecque-orthodoxe née à Sfax. Tu es bisexuelle mais cela ne concerne que toi.

Il est petit-fils d’un Géorgien venu sous l’uniforme ottoman, époux d’une Andalouse de Testour et père de six enfants qui ont Turki pour patronyme et Merrichko pour matronyme.

Tu es fille de pirate. Ton ancêtre avait du sang hollandais dans les veines et écumait le littoral maghrébin. Avec son épouse née à Alger, il a fondé une famille et s’est installé au port de Mahdia.

Je suis une certitude de diversité qui refuse d’être platement arabe, musulmane et enfermée dans une ascendance illusoire.

Peut-être suis-je moi-même l’enfant bâtard d’un émir arabe, né des amours vénales d’une hétaire ukrainienne ou d’un droit de cuissage sur une esclave pakistanaise?

Ou bien serais-je l’enfant illégitime d’une princesse saoudienne, morte dans des circonstances mystérieuses, née au Royaume-Uni et enterrée dans les méandres d’un cottage écossais?

Ou encore le fruit lointain des entrailles d’une bergère numide violée par un légionnaire romain ou un maraudeur vandale.

Je suis tout sauf un fantasme de pureté. Ni race, ni religion supérieures, je suis métis comme le siècle. Afro-latin et berbère de Méditerranée. Arabe, musulman et aussi tout le reste.

Ni sang bleu, ni Walkyries mais une rencontre des quatre points cardinaux, un enfant de l’histoire et de la géographie.

Je suis un fantasme de diversité, la polyphonie de la mer et la racine vivace de tous les aïeux oubliés dans la nuit des origines.

Et quand ma foi vacille, je me souviens que rien d’humain ne m’est étranger.

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