Par souci d’équité, Kais Saied devrait aussi aller en prison

Tout en me tenant à égale distance des deux candidats à l’élection présidentielle du 13 octobre prochain, je ne peux m’empêcher de rester perplexe devant la situation actuelle.

La justice maintient l’un des deux candidats en prison alors que l’autre candidat peut mener campagne à sa guise.

Par souci d’équité et de justice, Kais Saied devrait lui aussi aller en prison et, puisque ces valeurs lui tiennent à coeur, il pourrait le faire de son propre gré.

De la sorte, puisque Nabil Karoui ne sera pas élargi, les deux candidats seront à égalité de traitement.

Pour absurde qu’elle soit, cette proposition cocasse que je fais ici n’en souligne pas moins l’ambiance énigmatique et tendue dans laquelle se déroule ce second tour de l’élection présidentielle.

Pour le moment, la démocratie tunisienne n’en sort pas renforcée alors que les observateurs parlent par ailleurs d’une opposition entre un candidat « réactionnaire » et un autre « corrompu ».

Il devient patent que le prochain président de la République ne pourra être que mal élu avec des conséquences fortes sur son mandat.

Avec cette campagne présidentielle, la transition tunisienne se distingue négativement et voit le processus démocratique fragilisé par cette situation surréaliste et ce hiatus qui existe entre les choix de la justice et ceux de l’ISIE.

De plus, ce qui complique davantage la situation globale, c’est qu’il est fort probable, selon des sondages et des projections, que le parti du candidat emprisonné sorte vainqueur des élections législatives.

La Tunisie se trouve dans une situation burlesque et au seuil d’une crise de gouvernance inédite, sans que la classe politique ni les gouvernants du moment ne s’en soucient véritablement.

Par boutade, il reste à Kaies Saied la possibilité d’aller lui aussi en prison pour que la situation redevienne équitable.

Notre édifice démocratique est désormais lézardé alors que les rieurs du monde entier se gaussent de nos pratiques, notre incurie et notre sens de l’Etat devenu défaillant.

Où allons-nous? Où veut-on en arriver? A-t-on en haut-lieu mesuré les risques de cette insolvabilité qui guette nos élections?

La Tunisie navigue à vue, dérive incontestablement et frôle le naufrage. Et, le pire, c’est que tout se passe comme si de rien n’était.

Comment, simple citoyen, pourrais-je voter en conscience les 6 et 13 octobre? Comment, simple citoyen, pourrais-je récuser les procédés actuels et la démocratie souillée qu’ils impliquent? Comment, simple citoyen, continuer à me taire et aller voter lorsque le délitement de l’Etat devient chaque jour plus avéré?

Tout en me tenant à distance des deux candidats à la présidentielle ( et aussi de leurs partis et leurs affidés), je ne peux que constater les dégâts occasionnés et les menaces qui pèsent sur la transition dans son ensemble.

Et ceci n’est pas une vue de l’esprit mais une réalité patente, des dérapages de moins en moins contrôlés et un effondrement d’un pan entier de notre aspiration démocratique.

Cette situation et les procédés douteux qui y ont mené ne nous honorent pas et démontrent, s’il le fallait encore, le manque de maturité démocratique de nos gouvernants et de notre classe politique.

Quant au peuple qu’on croit rouler dans la farine une nouvelle fois, il s’apprête – par la volonté des urnes et le secret des isoloirs – à rappeler aux différents syndicats des droits acquis, que c’est à lui que revient le dernier mot.

Car si la Tunisie est prise en flagrant délit de gouvernance scélérate, les électeurs n’en sont pas dupes et sauront dicter la volonté du peuple à des pseudo-élites en déroute.

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