L’été, cet intermittent du travail

L’été constitue une aubaine pour des dizaines de milliers de désœuvrés pour s’extirper du chômage, ne serait-ce que temporairement.

La saison estivale a ceci de particulier qu’elle favorise la mobilité de la main-d’œuvre dans plusieurs secteurs, particulièrement celui des services. Hôtellerie, restauration, agences de voyage, location de voitures. Mais aussi celui du secteur des BTP (bâtiment et travaux publics) boosté par les grands chantiers étatiques et privés (retour des résidents tunisiens à l’étranger).

Cette dynamique estivale du marché de l’emploi touche des métiers divers : serveurs, restaurateurs, videurs, agents mobiliers, chauffeurs, cafetiers, pâtissiers et tous les boulots en rapport avec des activités d’animation sportive et culturelle.

Cependant, si cette panoplie de métiers entretient l’emploi dans une dynamique favorable pendant l’été, l’absence d’alternative et de solutions durables au problème que constituent la rigidité et l’étroitesse du marché du travail font que l’embellie est de courte durée et le problème consommée pendant uniquement trois mois. Comme les chansons d’été !

Et dans la foulée, comme il est à court de moyens et d’arguments pour juguler le problème du chômage, l’Etat jette son dévolu sur cette conjoncture propice à l’emploi que représente la saison estivale.

Rigidité, flexibilité !

On ne vous dévoile pas de secret quand on vous dit que le marché du travail en Tunisie est peu flexible. Sa rigidité vient du fait qu’il ne consacre pas l’emploi, la mobilité de la main-d’œuvre et la productivité dans une démarche globale comme le suppose le modèle flexible.

La flexibilité, dans ce cas de figure, désigne la faculté de l’entreprise ou de tout autre employeur, comme l’Etat, de s’adapter aux évolutions de sa demande en main d’œuvre et de l’environnement qui s’ensuit. La Tunisie y a failli complètement !

Quand le politique l’emporte sur la politique !

Cela va sans dire que chez nous, cette adaptation n’a pas eu lieu, ou disons qu’elle a été occultée, volontairement, par le régime (ancien et nouveau) pour des considérations purement politicardes.

Ce régime a, souvent, exposé en tête de gondole (pour emprunter le jargon promotionnel) d’autres indicateurs socioéconomiques pour mieux entretenir son image de marque. Il a misé, par exemple, sur le taux élevé de réussite au bac et dans les universités, il a maintenu un pouvoir d’achat acceptable, il a distribué gracieusement et d’une façon soutenue des allocations sociales et des allocations chômage, une politique entretenue par presque tous les gouvernements postrévolutionnaires, au lieu d’enraciner les vertus du travail…

Au final, ce rafistolage, en plus du fait qu’il a ruiné les finances publiques, a boosté (dans le mauvais sens, cela va de soi) le chômage. 15% d’après ce que disent les parties officielles. Mais dans la réalité, les choses sont plus corsées que ce que les statistiques de l’INS daignent bien nous révéler.

La part de responsabilité de l’Etat !

Au demeurant, quand un pays accuse un taux de chômage élevé, c’est que les offres d’emploi faites par les entreprises, l’Etat, etc., sont inférieures aux offres de travail qui émanent de la population désœuvrée.

Etant donné qu’il est dépositaire de la politique de l’emploi, et censé faire, une allocation optimale des facteurs du travail, l’Etat assume, sans doute, une grande partie de la situation du chômage qui affecte la population active en état de désœuvrement.

Mauvais partage des richesses, politiques de développement inégales entre les régions, « homologation » des emplois précaires auxquels il faut ajouter sa position nonchalante à l’égard du problème de l’économie informelle, et une politique sociale qui privilégie les subventions plutôt que les encouragements à l’investissement…

Tout cela n’a fait qu’aggraver davantage le problème du chômage, devenu aujourd’hui, foncièrement structurel, après qu’il a été, à un moment donné, plutôt conjoncturel. Le fait que l’Etat soit le premier employeur du pays (650 mille salariés de la fonction publique) le discrédite, par ailleurs, plus qu’il le ne disculpe.

En effet, en multipliant par deux son personnel de fonctionnaires et agents, l’Etat a ruiné ses finances publiques et a transformé des investissements publics en aides sociales sans aucune valeur ajoutée économique.

Le résultat est, aujourd’hui, tristement compromettant : 645 mille chômeurs dont 260 mille diplômés du supérieur (le taux de chômage pour cette catégorie est de près 30%) parmi une population active de 4 millions 152 mille personnes.

Chahir CHAKROUN
Tunis-Hebdo du 29/07/2019

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