Ils sont fous ces Anglais !

Theresa May, dans la tourmente du Brexit
L’Union européenne vient d’accorder une fleur au Royaume-Uni. Les Britanniques ont, désormais, jusqu’au 22 mai 2019 pour préparer leur sortie. Si au contraire, ils désirent rester dans l’Union, la débandade sur la question du Brexit prendra fin le 12 avril prochain. Au beau milieu de cette cacophonie politique, les pro-européens se font de plus en plus nombreux et les eurosceptiques veulent une sortie sans accord. Ballottée dans tous les sens, Theresa May tente de garder le cap…

Après avoir suscité l’admiration des eurosceptiques en votant courageusement pour le Brexit le 23 juin 2016, les Britanniques sont devenus la risée du monde entier pour ne pas avoir honoré leurs engagements.

Le beurre et l’argent du beurre

Lorsque l’ancien Premier ministre (PM), David Cameron, a confié au peuple son destin, peu de gens auraient parié un kopeck sur un « Non à l’Europe ! » Pourtant, le chef des Conservateurs de l’époque n’avait nullement l’intention de remettre en cause le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne (UE).

Le référendum de 2016 n’était qu’un moyen comme un autre pour Cameron de regagner la confiance de ses sujets. Il s’en est fallu de peu d’ailleurs. Sur les 33 millions de votants (72,21% des inscrits), 17 millions (51,89%) ont exprimé leur hostilité à l’égard de l’UE.

Mais alors qu’il était dans une dynamique de reconquête et des ambitions plein la tête, le PM annonce sa démission sans le moindre remords, laissant l’ensemble des Anglais, des Gallois, des Ecossais et des Irlandais du Nord à la merci d’un avenir incertain.

Comme par un malheureux hasard misogyne, celui à qui incombe la tâche de nettoyer ce foutoir aux origines masculines est une femme. Aux allures d’une Margaret Thatcher, Theresa May se bat depuis plus deux ans contre ses principaux partisans pour une sortie à l’amiable avec Bruxelles et dans le respect de l’article 50 du traité sur l’Union européenne.

Sauf que personne ne semble avoir été mis au courant du temps de Cameron sur la somme mirobolante que le Royaume-Uni devra payer pour faire cavalier seul. En clair, les accords économiques et la législation de l’UE n’ont jamais vraiment été connus ou maîtrisés par les Européens eux-mêmes.

Dans la majorité des esprits, le référendum de 2016 était l’occasion rêvée de stopper l’immigration clandestine ou l’immigration tout court injustement liée à l’éternel refrain : « Les étrangers viennent manger le pain des Anglais ». Mais quand ce sont les Anglais qui s’accaparent la moitié du globe, on parle de « mission civilisatrice ». Pardon pour cet écart et revenons à nos moutons.

Un nouveau vote

Comble de l’ironie dans cette affaire qui se mord la queue, Theresa May a plus de mal à convaincre les eurosceptiques de son propre parti que les Travaillistes pro-européens de Jeremy Corbyn.

Ce n’est pas que la nouvelle dame de fer soit pour le Brexit mais elle refuse de remettre en cause le vote populaire de 2016 par pur principe démocratique. Après plus deux ans de débat et d’explications des différentes options qui s’offrent eux, les Britanniques souhaitent désormais changer leur fusil d’épaule.

Consciente des difficultés que le processus de sortie est en train d’engendrer, l’UE a repoussé la date butoir du Brexit du 29 mars au 22 mai. Mais si les Britanniques n’ont pas l’intention de participer aux prochaines élections européennes, ils ont jusqu’au 12 avril pour plier bagage et payer la note, aussi salée soit-elle.

À quelques semaines des deux dates fatidiques, la tension dans les rues de Londres a atteint son paroxysme. Des milliers de manifestants réclament un nouveau référendum dans l’espoir que les citoyens de la perfide Albion voteront cette fois-ci pour le maintien.

Qu’en sera-t-il du premier référendum dans ce cas ? Si les Britanniques commencent à jouer à ce petit jeu, la démocratie n’a plus son mot à dire.

Quoi qu’il en soit, si sortie il devait y avoir, des tensions entre les Etats voisins du Royaume-Uni – qui dépendent économiquement de l’UE – risquent de prendre des dimensions dramatiques à l’image de l’Irlande du Nord où le Brexit est le spectre d’une guerre civile.

D’un autre côté et à en juger par la situation actuelle, il est fort à parier qu’aucune décision claire ne sera prise d’ici le 22 mai. Un bel exemple de la politique de l’autruche façon rosbif.

Mohamed Habib LADJIMI
Tunis-Hebdo du 25/03/2019

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